STAR WARS - EPISODE II
Revisiter le mythe. Lorsqu'il décide de renouer avec l'univers de Star Wars après avoir visionné Jurassic Park -de son ami Steven Spielberg- Georges Lucas n'a peut-être pas pleinement conscience du combat dans lequel il s'engage. Tel un vrai Don Quichotte, il ne va cesser d'affronter le mythe. Plus que des films, A New Hope (Georges Lucas, 1977), L'Empire Contre-Attaque (Irvin Kershner, 1980) et Le Retour Du Jedi (Richard Marquand, 1983) sont passé à la postérité. Rêvés, étoffés, transformés et revisités cent fois par l'imaginaire de fans de tous âges. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que depuis 20 ans, le cinéaste les parfait, rajoute ici une scène, là un nouvel effet visuel (on vient d'apprendre que Jar-Jar Binks pourrait être inséré dans l'épisode IV et Padmé Amidala dans l'épisode VI pour la sortie de l'épopée complète en DVD). Il s'agit plus qu'un argument mercantile -certes latent- de les maintenir au panthéon de la science-fiction, de garantir une attraction et un charme toujours renouvelés.
En 1999 apparaît sur les écrans La Menace Fantôme, et les critiques sont loin d'être dithyrambiques. On lui reproche son côté trop impersonnel, son manque d'action et la prépondérance d'un humour plus que discutable et parfois puéril incarné par Jar-Jar Binks. Pourtant les épisodes IV, V et VI sont si présents dans nos mémoires que l'on oublierait vite qu'ils ne font qu'un. Cette trilogie a une exposition, un développement et une conclusion. Nous l'avons toujours connue ainsi. Han, Luke ou Leia n'acquièrent leurs auras que sur la durée et au vu des 3 parties. C'est la première réaction et la prise de conscience que suscite L'Attaque Des Clones. Georges Lucas a un véritable schéma en tête et ce nouvel opus éclaire et amplifie l'épisode I. Ainsi, les décors nous deviennent familiers (on se retrouve aisément entre les diverses planètes), se chargeant d'une une vie propre et d'une véracité de par une multitude de détails : la vie nocturne de Coruscant, avec ses embouteillages, ses bars et ses retransmissions sportives, les syndicalistes robots, l'informateur d'Obi-Wan cuisinier dans un boui-boui ou les jeunes apprentis de Yoda (une scène qui n'a que ce seul intérêt puisque Obi-Wan y apprend ce qu'il sait déjà) Ces différents astres restent des territoires inconnus mais plus complètement étrangers (le choix d'ouvrir sur une Coruscant envahie de brume permet de redécouvrir ce lieu névralgique tout en lui procurant une crédibilité), ils transcendent l'effet numérique pour devenir un monde cohérent.
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L'Oedipe d'Anakin. Ce long métrage serait donc le point d'orgue de la nouvelle trilogie (quoique la noirceur que l'on sent poindre dans sa suite prochaine nous permet tous les espoirs pour une apothéose dramatique). On y découvre avec délectation un raffinement de la technique numérique et une maturité narrative dans l'étude des personnages. Car il est ici question de sexualité, de sombres sentiments, de la mort d'une mère après de nombreux |
sévices, d'un carnage dû à la colère, bref un récit à l'image du héros : torturé. Contrairement à son prédécesseur, l'histoire se veut plus ambiguë -même si les scénaristes restent toujours sur la corde raide du politiquement correct- donc moins manichéenne. Elle représente justement l'évolution du personnage central qu'est Anakin Skywalker. Un jeune homme déjà dévoré par l'autosuffisance, imbu de lui-même, tourné vers un régime totalitaire (la conversation d'avec Padmé sur Naboo) et enclin à l'impulsivité. Un être en proie à un oedipe lancinant, qui cherche en Obi-Wan un père qu'il n'a jamais eu. Une autre qualité indéniable dans le développement est qu'il ne glisse pas brutalement du côté obscur mais que cette fureur ait toujours été présente en lui. Une colère que Yoda avait déjà ressentie il y a 10 ans. L'histoire est donc plus maîtrisée, et l'on appréciera le talent des scénaristes dans l'apparition fugace et attendue de Dark Sidious qui en quelques secondes présente les bases du gigantesque complot qu'il fomente dans l'ombre depuis plus de dix ans (en outre nous avons vu les plans de l'Etoile Noire). L'histoire d'amour est empreint de naïveté et de sensiblerie à l'image des ces deux jeunes gens inexpérimentés et parfois prudes. Cohésion de la saga. Par ses références au premier épisode et à la seconde série, il permet l'émergence d'une véritable cohésion dans l'entreprise. On notera l'utilisation de thèmes musicaux, comme la marche de Luke, une nouvelle facette de Tatooine la course-poursuite au milieu des astéroïdes ou les plans d'Anakin chez l'oncle Owen miroirs parfaits des positions qu'adoptera son fils des années plus tard. Pourtant ces touches s'accompagnent d'une tendance un peu trop soutenue à copier les autres moments de la saga : Padmé remplacée par une de ses suivantes, la manipulation par Palpatine du sénateur de Naboo pour arriver à ses fins grâce au vote de l'assemblée, le montage en parallèle Obi-Wan/Anakin-Padmé rappelle trop intensément celui du final de La Menace Fantôme. Sans compter la prolifération de maîtres et de disciples (en refaisant l'arbre cela donnerait Yoda maître de Dooku, lui-même ayant formé Qui-Gon, dont l'apprenti fut Obi-Wan, qui eu comme padawan Anakin, dont le fils sera formé par Yoda, Ouf !). Georges Lucas n'a jamais été un grand réalisateur et d'ailleurs ce n'est en aucun cas ce que l'on escompte en visionnant un Star Wars. On recherche une histoire et/ou un univers dépaysant et enchanteur. Pourtant il se permet ici quelques effets novateurs et rafraîchissants. Il y a d'abord ce très beau plan de l'ombre de Padmé et Anakin projeté sur un mur par le soleil brûlant du désert, puis le combat Dooku-Anakin où les visages oscillent entre clarté et ombre à la lumière des sabres lasers s'entrechoquant, mais aussi ces bombes soniques et l'utilisation sidérante du THX. On notera aussi avec un plaisir non dissimulé les progrès dans la gestion de l'espace crée en numérique, le réalisateur en joue, parvient à nous faire ressentir une véritable sensation des 3 dimensions (Obi-Wan dans le tube transparent au-dessus des batteries de clones). Et comment ne pas soulever l'humour de Lucas, forcément moins présent -et on ne s'en plaindra pas- que dans la jeunesse d'Anakin, il est porté sur les épaules de R2-D2 et C-3PO. Leurs tribulations durant la scène de combat final censées contrebalancer l'impact dramatique le plombe plus qu'autre chose. L'interprétation est à la hauteur compte tenu d'un développement succinct et des nombreux effets spéciaux. On en revient presque à un jeu des années 40 où sur une scène factice, les acteurs devaient imaginer et nous faire croire à ce qui les entourait. Pourtant Hayden Christensen gagne en crédibilité tout au long du film, notamment avec la mort de sa mère. Ewan McGregor est enfin digne d'Alec Guiness et nous permet d'extrapoler sur le cheminement de ce sage jedi jusqu'à l'épisode IV. Enfin, Christopher Lee explose dans le court laps de temps octroyé. Quant à la voix de Frank Oz pour le plus grand des maîtres jedis elle est tout bonnement magique. C'est tout à leur honneur de faire vivre un caractère sous des costumes chamarrés, des maquillages extravagants, dans des décors démesurés et en déclamant des dialogues austères flirtant avec l'aphorisme. Le tout dans une ambiance ouvertement pessimiste et une critique simpliste des arcanes politiques (la discussion entre Obi-Wan et Anakin dans les appartements de Padmé). On remarquera aussi un développement plus conséquent pour Jango Fett que celui qu'avait reçu Dark Maul et une présence plus appuyée de Yoda et Mace Windu.
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F.
Flament |
Fiche
technique
REALISATION
George
Lucas
SCENARIO
George Lucas et Jonathan Hales
DIRECTEUR PHOTOGRAPHIE
David Tattersall
INTERPRETES
Ewan McGregor (Obi-Wan Kenobi)
Natalie Portman (Padmé Amidala)
Hayden Christensen (Anakin Skywalker)
Christopher Lee (le comte Dooku)
MONTAGE
Ben Burtt
MUSIQUE ORIGINALE
John Williams
EFFETS VISUELS
D. Chiang, J. Knoll, P. Helman...
PRODUCTEURS
Rick McCallum et Georges Lucas
DUREE
130
minutes
PRODUCTION
Lucasfilm Ltd., UFD (distribution)
SORTIE FRANCAISE
Le 17 Mai 2002
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