Cérémonie des stylos. John Nash, titulaire d'une bourse renommée, se retrouve à Princeton pour effectuer son doctorat. Délaissant les cours et ses condisciples, il recherche "l'idée originale". Au pied du mur, il finit par élaborer une théorie qui bouleverse près de 150 ans de mathématiques. On lui propose alors un poste élevé au MIT. Là, il succombe au charme d'une de ses élèves, qui deviendra sa femme, Alicia. Mais très rapidement tout bascule, car le mathématicien se trouve être profondément schizophrène. Dès lors commence une route difficile pour le couple, entre rechutes, traitements en hôpitaux psychiatriques et amitiés. Un chemin qui sera couronné par un prix Nobel d'économie.

UN HOMME D'EXCEPTION

Déséquilibré. Disons le tout de suite, Ron Howard, anciennement star de Happy Days et passionné de mise en scène n'est pas un grand réalisateur. En ce sens qu'il signe des films de studios, efficaces, mais rarement marquants. Que l'on ne se méprenne pas, Willow ou Ed TV sont des longs métrages sympathiques et de vrais divertissements. Mais pour ces "réussites", combien de réalisations plus lourdes, où mouvements de caméra et musiques outrancières viennent nous rappeler et souligner les scènes "clés". Malheureusement, Un Homme D'Exception fait partie de la seconde catégorie. Pourtant le cinéaste parvient à faire illusion pendant toute sa première partie, maîtrisée, fluide, un poil potache. Ainsi la scène du verre est visuellement convaincante, de même que l'explication de l'approche de la jeune femme blonde en tenant compte de la dynamique de groupe. Il s'agit alors d'une véritable quête d'un scientifique et de son cheminement mental. Sans véritablement être réussis, ces moments sont plaisants. Les déclarations d'amour entre John et Alicia se maintiennent juste au-dessus la bluette. Néanmoins, on distingue déjà des travers qui vont aller crescendo : une interprétation chaotique et des personnages peu ou pas esquissés (à l'exception de seconds rôles comme Ed Harris, Paul Bellamy ou Adam Goldberg), des mouvements de caméra complaisants, des effets spéciaux trop marqués (les étoiles enlèvent toute la poésie de la scène romantique, la manière dont les codes sont brisés...) enfin une musique omniprésente de James "Titanic" Horner nous rappelant que nous sommes en pleine tension dramatique au cas où on ne l'aurait pas remarqué. Mais avec le diagnostic de schizophrénie et l'internement de Nash, tout dérape. Comme si l'on ne pouvait traiter le cas d'un grand scientifique, des mathématiques ou de la folie sans la surenchère et l'enfoncement de toute une planche à clous. Une fois que le spectateur a compris que trois personnages étaient issus de l'esprit de Nash, pourquoi en rajouter à ce point (les séquences de la cabane au fond du jardin), pas que la fillette ne soit pas charmante, bien au contraire, mais à force de vouloir incarner la maladie de cet homme, elle perd justement toute sa force puisque l'on finit par l'assimiler à des entités extérieures à son psychisme. C'est aussi pour cela que le début est intelligemment tourné puisque nous voyons la réalité par le prisme des troubles du mathématicien. Dans ce genre d'histoires (comme le laid Fight Club) il faut savoir vite terminer une fois la supercherie découverte, au risque que le spectateur ne s'ennuie ferme. Une erreur pour Ron Howard qui fait fi de la leçon de son personnage sur la viabilité d'un ensemble.
 
Pourtant sur le papier... Au niveau du scénario rien ne nous sera épargné. Le mathématicien peu doué dans les rapports humains, trouvant la femme qui fera l'effort de séduction et passera outre ses inhibitions, la franche amitié qui résistera à la compétition, le happy end où l'on insiste sur l'amour et sa prépondérance sur la science. Nash n'a pas pu combattre sa schizophrénie par une approche rationnelle mais bien en s'ouvrant à ses élèves et à sa femme (par contre sa relation avec son fils n'est pas traitée). Dommage qu'à partir
d'une histoire aussi intéressante on en soit arrivé là. Car les désordres de cet homme, habitué à briser les plus alambiqués des codes et finissant par en rechercher partout même dans les plus simples périodiques, pouvaient être véritablement prenants et fédérateurs. De même le prix à payer pour une découverte de ce calibre, pour atteindre un niveau d'abstraction que d'autres ne peuvent ou ne veulent approcher était une forte idée directrice, inexploitée. Déception donc devant cette production larmoyante et l'interprétation d'un Russel Crowe oubliant la finesse de ses précédentes prestations (Révélations). Reconnaissons une qualité à la seconde partie du film, qui malgré sa redondance a la mérite de présenter une longue rédemption, là où à l'accoutumée le héros se rend compte de sa schizophrénie et en guéri presque aussitôt. La manière dont Nash appréhende sa pathologie est d'ailleurs très scientifique, pragmatique : la petite fille n'a pas grandi. De rares instants de sobriété (avec les scènes Nash/Charles et quelques dialogues savoureux), dans une biographie apathique que l'on aurait souhaitée moins caricaturale, moins déséquilibrée et surtout plus digeste.
 
 
F. Flament
7 Mars 2002

 


 

 

 

 

Théorie de l'équilibre
Film américain de Ron Howard (2001), nominé aux oscars, prix d'interprétation aux Golden Globes. Avec Russell Crowe (John Forbes Nash Jr.), Jennifer Connelly (Alicia Nash), Ed Harris (William Parcher)... Sortie française : le 20 Février 2002.

Multimédias
Bande-annonce (vo)
Photographies (12)

Liens
Le site officiel
Jennifer Connelly
John Forbes Nash Jr.

Fiche technique
REALISATION
Ron Howard
SCENARIO
Akiva Goldsman d'après l'oeuvre de Sylvia Nasar
MONTAGE
Dan Hanley et Mike Hill
INTERPRETES
Russell Crowe (John Forbes Nash Jr.)
Jennifer Connelly (Alicia Nash)
Ed Harris (William Parcher)
Paul Bettany (Charles Herman)

DIRECTEUR PHOTOGRAPHIE
Roger Deakins
MUSIQUE ORIGINALE
James Horner

DUREE
136 minutes
PRODUCTEURS
Brian Grazer et Ron Howard
PRODUCTION
Dreamworks-Universal-Imagine Pictures
TITRE ORIGINAL
A Beautiful Mind
SORTIE FRANCAISE
Le 20 Février 2002

 

 
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