UN HOMME D'EXCEPTION
Déséquilibré. Disons le tout de suite, Ron Howard, anciennement star de Happy Days et passionné de mise en scène n'est pas un grand réalisateur. En ce sens qu'il signe des films de studios, efficaces, mais rarement marquants. Que l'on ne se méprenne pas, Willow ou Ed TV sont des longs métrages sympathiques et de vrais divertissements. Mais pour ces "réussites", combien de réalisations plus lourdes, où mouvements de caméra et musiques outrancières viennent nous rappeler et souligner les scènes "clés". Malheureusement, Un Homme D'Exception fait partie de la seconde catégorie. Pourtant le cinéaste parvient à faire illusion pendant toute sa première partie, maîtrisée, fluide, un poil potache. Ainsi la scène du verre est visuellement convaincante, de même que l'explication de l'approche de la jeune femme blonde en tenant compte de la dynamique de groupe. Il s'agit alors d'une véritable quête d'un scientifique et de son cheminement mental. Sans véritablement être réussis, ces moments sont plaisants. Les déclarations d'amour entre John et Alicia se maintiennent juste au-dessus la bluette. Néanmoins, on distingue déjà des travers qui vont aller crescendo : une interprétation chaotique et des personnages peu ou pas esquissés (à l'exception de seconds rôles comme Ed Harris, Paul Bellamy ou Adam Goldberg), des mouvements de caméra complaisants, des effets spéciaux trop marqués (les étoiles enlèvent toute la poésie de la scène romantique, la manière dont les codes sont brisés...) enfin une musique omniprésente de James "Titanic" Horner nous rappelant que nous sommes en pleine tension dramatique au cas où on ne l'aurait pas remarqué. Mais avec le diagnostic de schizophrénie et l'internement de Nash, tout dérape. Comme si l'on ne pouvait traiter le cas d'un grand scientifique, des mathématiques ou de la folie sans la surenchère et l'enfoncement de toute une planche à clous. Une fois que le spectateur a compris que trois personnages étaient issus de l'esprit de Nash, pourquoi en rajouter à ce point (les séquences de la cabane au fond du jardin), pas que la fillette ne soit pas charmante, bien au contraire, mais à force de vouloir incarner la maladie de cet homme, elle perd justement toute sa force puisque l'on finit par l'assimiler à des entités extérieures à son psychisme. C'est aussi pour cela que le début est intelligemment tourné puisque nous voyons la réalité par le prisme des troubles du mathématicien. Dans ce genre d'histoires (comme le laid Fight Club) il faut savoir vite terminer une fois la supercherie découverte, au risque que le spectateur ne s'ennuie ferme. Une erreur pour Ron Howard qui fait fi de la leçon de son personnage sur la viabilité d'un ensemble. |
Pourtant sur le papier... Au niveau du scénario rien ne nous sera épargné. Le mathématicien peu doué dans les rapports humains, trouvant la femme qui fera l'effort de séduction et passera outre ses inhibitions, la franche amitié qui résistera à la compétition, le happy end où l'on insiste sur l'amour et sa prépondérance sur la science. Nash n'a pas pu combattre sa schizophrénie par une approche rationnelle mais bien en s'ouvrant à ses élèves et à sa femme (par contre sa relation avec son fils n'est pas traitée). Dommage qu'à partir |
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d'une histoire aussi intéressante on en soit
arrivé là. Car les désordres de cet homme, habitué
à briser les plus alambiqués des codes et finissant par
en rechercher partout même dans les plus simples périodiques,
pouvaient être véritablement prenants et fédérateurs.
De même le prix à payer pour une découverte de ce
calibre, pour atteindre un niveau d'abstraction que d'autres ne peuvent
ou ne veulent approcher était une forte idée directrice,
inexploitée. Déception donc devant cette production larmoyante
et l'interprétation d'un Russel Crowe oubliant la finesse de
ses précédentes prestations (Révélations).
Reconnaissons une qualité à la seconde partie du film,
qui malgré sa redondance a la mérite de présenter
une longue rédemption, là où à l'accoutumée
le héros se rend compte de sa schizophrénie et en guéri
presque aussitôt. La manière dont Nash appréhende
sa pathologie est d'ailleurs très scientifique, pragmatique :
la petite fille n'a pas grandi. De rares instants de sobriété
(avec les scènes Nash/Charles et quelques dialogues savoureux),
dans une biographie apathique que l'on aurait souhaitée moins
caricaturale, moins déséquilibrée et surtout plus
digeste.![]() |
F.
Flament
7 Mars 2002 |
Multimédias
Bande-annonce
(vo)
Photographies
(12)
Fiche
technique
REALISATION
Ron Howard
SCENARIO
Akiva Goldsman d'après l'oeuvre de Sylvia
Nasar
MONTAGE
Dan Hanley et Mike Hill
INTERPRETES
Russell
Crowe (John Forbes Nash Jr.)
Jennifer Connelly (Alicia Nash)
Ed Harris (William Parcher)
Paul Bettany (Charles Herman)
DIRECTEUR PHOTOGRAPHIE
Roger
Deakins
MUSIQUE ORIGINALE
James
Horner
DUREE
136
minutes
PRODUCTEURS
Brian Grazer et Ron Howard
PRODUCTION
Dreamworks-Universal-Imagine Pictures
TITRE ORIGINAL
A Beautiful Mind
SORTIE FRANCAISE
Le 20 Février 2002
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