LES ÂMES PERDUES
Autant dire que de ce passé paroxystique elle tire de troubles enseignements et accointances lui permettant d’assister l’ecclésiastique dans sa mission divine. C’est d'ailleurs au cours d’une intervention éprouvante dans une hôpital psychiatrique sur le sociopathe dangereux et décadent Henry Birdson que tout bascule. En effet, ce-dernier réclame à corps et à cris les soins prodigués par l'Eglise pour chasser le Diable qui aurait pris possession de ses chairs et atteindre ainsi la sérénité spirituelle ; mais la libération de l’esprit tourne court et le prêtre s’effondre sous les coups de boutoir sataniques. Maya a seulement le temps de s’emparer des notes du prisonnier avant de quitter la cellule sous la houlette des responsables pénitentiaires alarmés par les effroyables mugissements. La toile d’araignée se complexifie avec le décodage de cette série de chiffres : le message annonce ni plus ni moins que l’arrivée prochaine de l’Antéchrist ! Elle découvre même l’identité de la personne en passe d’être incarnée, Peter Kelson, un jeune auteur new-yorkais athée et désabusé qui se repaît des déviances des plus abjects psychopathes (ses parent furent sauvagement assassinés) et qui s’est forgé une bien étrange religion sur la nature humaine où le paranormal (le Mal en tant qu’entité) ne saurait trouver grâce à ses yeux. Ce profond sceptique n’envisage même pas l’existence du Diable et Maya dans sa profonde déférence chrétienne doit l’amener à reconsidérer ses positions dans le combat originel et séculaire en passe de sceller le funeste destin du Monde.
Narcissisme malin. Pourquoi faut-il que dès qu’un tâcheron s’attaque au cinéma de genre il ne s’enquiert frénétiquement que d’un ésotérisme grotesque et débonnaire et ce en usant d’afféteries insipides et agressives ? Janusz Kaminski – chef-opérateur de Steven Spielberg depuis La Liste De Schindler, sévissant notamment sur Minority Report et Mr. Holly Hunter à la ville – ne fait malheureusement pas exception à la règle sempiternelle du navet hollywoodien honteux qui se négocie sous le manteau ou dans des packagings incluant les plus alléchants blockbusters. Il s’abandonne consciencieusement, et dans une pesanteur délétère, à chaque traquenard vulgaire et incongruité fadette de la thématique théologico-mystique (dont une iconicité de pacotille). Comme si, à défaut de la fluidité élégante vers laquelle il tendait, le cinéaste avait préféré infléchir son incurie et l’inanité de son scénario (vaste gaudriole toute de forfanterie) en comblant âprement toute zone de flottement, d’ombre. Dès lors, il s’évertue à rendre son film rugueux et douloureux (ces mots arrachés de lèvres ourlées pour heurter une oreille rétive et austère), englué dans le liquide saumâtre s’échappant goutte à goutte d’un robinet souillé et décrépi – un peu comme l’attention et l’intérêt du spectateur qui décline inexorablement face à cet objet douloureusement tendance. La profusion impérieuse, satisfaite et vocifératrice (que viennent faire ces répliques en français sinon opacifier une nébuleuse procédure d’expiation ?) devant décourager l’auditoire de quelconques velléités discursives ou artistiques. Le préposé à la réalisation distend son long métrage délavé à l’esthétique surexposée et métallique pour rejoindre la seule idée qui préside à la mise en scène : la scrutation perverse et lourdement ostentatoire. Ou plutôt l’enchâssement du récit dans une sorte de râle rauque et empesé : un hiatus calfeutré. Voici que la caméra bringuebalante enserre d’une teinte ambrée et par le prisme de larges focales la danse pathétique et risible de personnages fantoches en quête névropathe de scories de script ayant pu échapper au naufrage. Hélas pour nous les prises de vues essoufflées, épiant en cachette et se repaissant du désarroi des protagonistes bourdonnent de sinistrose. Loin des effets sonores criards (les cris viscéraux) c’est l’aspect lymphatique et fuligineux qui est privilégié pour nous plonger dans les abysses insondables de l’apathie. Et, comble de la contradiction, les choix artistiques abhorrent la sensualité nimbée de stupre, de violence et de magnétisme pour une ambiance glauque mais outrageusement morale et calibrée refusant violence (non justifiée par l’ignominie fratricide) et sexe (un rendu plus adipeux ou organique aurait pourtant bien mieux servi le propos inhérent au scénario) – pourquoi ne pas avoir poursuivi la piste à peine esquissée de la séduction pour parvenir à l’anéantissement du Diable ou à l’émergence d’un Mal bien pire, l’ambiguïté aurait enfin pu transpirer. Pratiquement indifférent, le long métrage se retrouve contraint pas le dispositif glabre aux contraintes géométriques de se mirer dans sa propre magnificence frelatée et boursouflée. Un échafaudage se faisant réplique exacte des théories de Kelson sur le narcissisme malin.
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F.
Flament |
Multimédias
Bande-annonce
(vo)
Photographies (28)
Fiche
technique
REALISATION
Janusz Kaminski
DIRECTEUR
PHOTOGRAPHIE
Mauro Fiore
SCENARIO
Pierce Gardner et Betsy Stahl
MONTAGE
Anne Goursaud et Andrew Mondshein
INTERPRETES
Winona Ryder (Maya Larkin)
Ben Chaplin (Peter Kelson)
John Hurt (Le père Lareaux)
Philip Baker Hall (Le père James)
Elias Koteas (John Townsend)
MUSIQUE
ORIGINALE
Jan A.P. Kaczmarek
DECORS
Garreth Stover
PRODUCTEURS
Meg Ryan, Nina R. Sadowsky, Donna Langley, Michael
De Luca, Betsy Stahl, Pierce Gardner et Christopher Cronyn
DUREE
95
minutes
PRODUCTION
Prufrock Pictures, Avery Pix, Castle Rock Entertainment
et Metropolitan FilmExport (Dist.)
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