MUSA, LA PRINCESSE DU DESERT
Il s’agit de l’un des rares courants actuels d’expérimentation plastique à travailler avec autant d’opiniâtreté, limpide et innovante, le formalisme diaphane, hiératique et artificiel de la posture des corps dans une spatialité flottante, incertaine ou bréhaigne. Pourtant, Musa, La Princesse Du Désert réfute, une à une, toutes les accointances stylistiques, narratives et graphiques que nous avions pu développer avec les dernières oeuvres d’Im Kwon-Taek (Le Chant De La Fidèle Chunhyang, Ivre De Femmes Et De Peinture), d’Hong Song-Soo (Le Jour Où Le Cochon Est Tombé Dans Le Puits, Turning Gate…) ou de Lee Chang-Dong (Peppermint Candy, Oasis), voire même avec la démesure malhabile, glauque et outrancière de Kim Ki-Duk (L’Île). Vaste fresque épique au propos étriqué et indolent – un anime médiéval nippon aux déviances clippées, apologue de la barbarie militaire –, le long métrage se développe devant nos yeux hagards autour de poncifs anémiques et patauds, préférant la surenchère visuelle et pyrotechnique, les postures affectées et les afféteries (ralentis hallucinés et empesés, morceaux de bravoure déstructurés et indigents) compassées. Le phénotype grandiloquent affiché, trahissant les affres de la propagande nationaliste, n’en serait pas moins écoeurant si le succès dans son pays d’origine avait été en deçà des records d’entrées mirobolants comptabilisés. Et, c’est amputé d’une vingtaine de minutes – sûrement pour estomper une dérive nationaliste ou confucéenne – qu’il débarque dans les salles pour un instant de détente estivale défoncé d’héroïsme ascétique, de fades laïus historiques et de guenilles ensanglantées. Le postulat historique est rapidement évacué (XIVe siècle, une délégation coréenne chargée de pourparlers de paix avec la Chine se voit contrainte de protéger une princesse de la dynastie Ming et de sa suite déconfite, proies affolées et démunies d’une horde abjecte de guerriers mongols qui les traqueront sans vergogne jusqu’à la chute de l’aristocrate pimbêche) pour se focaliser sur la tension cendreuse, lunaire et terminale du combat, furieux et sauvage. La survie à la destinée funeste des vertus cardinales du sacrifice courageux se substitue à l’intrigue en tant que seul comburant dramatique atonal du film – la bluette lénifiante confinant à la nausée mièvre est obstinément éludée, un voile pudique simple accessoire aussitôt lacéré. S’ensuit un florilège de boucheries humaines et solipèdes, façon Braveheart halluciné et poussiéreux, et d’exterminations indigestes, sinon ineptes, en écumant les steppes suffocantes et infernales du chaos au gré d’une caméra adepte des trajectoires alambiquées et autres entrelacs chorégraphiés à l’excès.
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F.
Flament |
Film sino-sud-coréen de Kim Sung-Soo (2001). Vaste fresque épique se développant autour de poncifs anémiques, préférant la surenchère visuelle et pyrotechnique, les postures affectées et les afféteries compassées. Sortie française : le 28 Août 2002.
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