OUVRE LES YEUX
La nôtre mais surtout celle, putréfiée, d’un créateur vacant dans l’impasse – se rassurant par l’omnipotence (metteur en scène, compositeur de la bande-son, co-scénariste…) –, à qui un script alambiqué et fumeux dicte son errance de pacotille. Quelque part entre un brouet penaud d’anticipation revigorante (avec Philip K. Dick en augure bienveillante et plagiée) et une confusion roublarde de mélodrame grand-guignol. L’excuse scénaristique indigente fredonne un jeune homme de 25 ans, César – campé par un Eduardo Noriega qu’on a connu plus à son avantage notamment dans l’hédoniste Novo –, à la réussite professionnelle exemplaire et qui profite de son standing enviable pour passer d’une femme à l’autre sans une once de culpabilité. Ce Saint-Thomas matérialiste vit son propre camaïeu de chimères défectueuses et peux claironner moult allégations au premier rang desquelles «je déteste rêver». Cette situation boulimique perdure donc (évidemment) jusqu’à ce qu’il tombe en pamoison devant la douce (l’évidente) Sofia – Penélope Cruz tout en fraîcheur séduisante et bouleversante – qui accompagne son meilleur ami à une soirée mondaine. Mais le retour de bâton ne tarde pas à se faire cruellement sentir, et Nuria, l’amante bafouée et traînée plus bas que terre, profite d’un trajet en voiture avec son ex pour précipiter le véhicule dans le bas-côté et annihiler dans un amas de tôle ce bonheur issant et sucré. Elle succombe et il reste défiguré. Voilà notre golden boy hâbleur rejeté par ses contemporains superficiels et éconduit par sa belle. Pourtant la réalité est parasitée. Que fait César dans la cellule d’un hôpital psychiatrique ? Et pourquoi l’accuse t’on du crime de sa gourgandine latine ? La paranoïa s’en mêle (ses associés retors auraient poussé le vice jusqu’à infiltrer le synode médical chargé de lui reconstruire un visage) et ruisselle sur le tissu lâche et pompier du film, le masque satiné et aseptisé qu’arbore le déprécié César. Il faut dès lors au héros psychanalysé déjouer les reflets de la vérité et de la virtualité pour tenter d’ébrécher les remparts de la geôle pulvérulente de son esprit. Et nous voici embringués dans la visite hésitante d’un vain labyrinthe qui pêche à confronter les différents niveaux sensitifs et cognitifs de ses personnages, pour s’étirer fastidieusement jusqu’à une conclusion triste et convenue de platitude et de tropisme. Pas que le magnétisme plastique de certaines scènes ne soit pas probant – les avenues de Madrid totalement désertées impriment durablement le spectateur pour le plonger dans une fascination asphyxiée – mais il s’englue dans un projet trop ambitieux, qui se dérobe rapidement lorsque les méandres arrogants et cafouilleux du script débordent une structure chancelante d’artificialité cynique. Le traitement auteurisant s’y fait péjoratif et frigide avant de péricliter avec la scène allégorique de la discothèque, synonyme d’exode aliéné et d’éparpillement irrémédiable, tout ensuite ira à vau l’eau.
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F.
Flament |
Film espagnol, français et italien de Alejandro Amenabar (1998). Une réalisation douloureusement travaillée par le motif ostentatoire de la gémellité à qui un script alambiqué et fumeux dicte son errance de pacotille. Sortie France: le 2 Janvier 2002.
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