PANIC ROOM
Caméra omnipotente et omnisciente. Un film peut-il rester polémique tout en étant complaisant. Un dangereux exercice funambulesque auquel s'attèle comme à l'accoutumée David Fincher. On se souvient encore des envolées lyriques, grotesques et graphiquement écoeurantes de Fight Club ou sous couvert de contestation et de stigmatisation d'une société wasp, mercantile et matérialiste il se permettait les pires débordements, les effets spéciaux et mouvements de caméra outranciers. Un étonnant spectacle se voulant fascinant et esthète, mais finissant par se révéler sous son véritable visage, c'est à dire navrant, laid et vain. Panic Room présente les mêmes défauts. Complètement phagocyté par le cinéaste, enfant gâté, ne cherchant qu'à démontrer sa dextérité (évidente) dans le maniement de caméra et les effets visuels. On ressent une réelle désaffection de l'auteur -qui finit par nous atteindre- pour son film comme s'il changeait d'objectif, d'état d'esprit entre les scènes. Il s'amuse à manipuler son jouet en tout sens, mais finit par tourner en rond à l'instar de ses protagonistes piégés en huis clos et interchangeant leurs rôles (à l'intérieur puis à l'extérieur de la "panic room"), passant du statut de prisonnier à celui de bourreau. L'histoire sera donc oubliée ou tout bonnement reléguée à ce qu'elle est, un simple squelette conceptuel de série B, de produit calibré.
Le récit s'apparente alors à une simplicité, une épure, les personnages secondaires du début du film disparaissent, se désagrègent par leur manque de substance. Ils nuisent à l'histoire tout comme Junior et ses angoisses ou le mari dans un rôle pratiquement muet. David Fincher opte d'entrée pour un monde fragmenté, comme cette demeure qui jamais ne formera un tout malgré la caméra omnipotente, omnisciente -passant tour à tour au travers les cloisons, au ras du sol sous la baignoire, dans les trous de serrure ou les anses de cafetière. Chaque protagoniste est enserré dans un cadre par les caméras de surveillance. Si dialogue il y a, c'est par écrans voisins qu'il apparaît. Nous touchons ici la principale difficulté de l'ensemble : la progression du récit réside moins dans les coups de théâtre convenus (la maladie de l'enfant, le caractère doux et honnête de Burnham, les dissensions des agresseurs dont l'un se trouve être le pire des psychopathes ) et sans aucun suspense -à voir la vaine tentative à force de ralentis d'accentuer la tension de Meg quand elle sort pour récupérer son portable- que dans l'enfermement et le verrouillage de l'action. Dans cette situation bloquée les bons et les méchants sont toujours séparés par une porte, un mur opaque manichéen. L'interprétation s'en ressent, en tête Jodie Foster totalement impénétrable mais beaucoup plus à sa place que ne l'aurait été Nicole Kidman (engagée au départ mais ayant du renoncer au projet suite à une blessure contractée sur Moulin Rouge, pourtant elle se permet un clin d'oeil puisqu'elle prête sa voix à la maîtresse du mari de Meg). Forest Whitaker sert son numéro habituel et Jared Leto (My So-Called Life) est gâché dans un stéréotype loin de sa formidable prestation de Requiem for a Dream. Les fans de séries TV auront par contre le bonheur de retrouver Ian Buchanan (Twin Peaks, On The Air...) et Patrick Bauchau (The Pretender, Kindred...). L'histoire avance coûte que coûte en circuit fermé et aboutit naturellement à un final sanglant et absurde plus que mal orchestré. S'en suit l'épilogue rapide n'expliquant rien et présentant une singulière simplification du trauma, même si l'enfermement volontaire et l'exclusion des autres sont toujours sensibles.
Critique avortée. Le traitement visuel et narratif et d'autant plus préjudiciable que par instant, on semble tendre vers une oeuvre novatrice mêlant thriller, contestation politique (une société juive new-yorkaise riche et aisée), et psychologie (repli sur soi et peur de l'enfermement). Dans cette dernière approche, la maison peut être considérée comme une métaphore du cerveau et de la psyché humaine. Mais |
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un
inconscient envisagé de manière aussi binaire et simpliste
ne satisfait pas. Difficile aussi de ne pas voir dans cette pièce,
dans ce cocon de béton et d'acier, une métaphore utérine
de la mère nourricière et ultra-protectrice. En effet,
c'est bien dans son rapport et sa maîtrise de l'espace que cette
jeune femme de trente ans apprend à gérer sa rupture
et sa peur panique de l'extérieur, des autres. A l'aide de
ce mur d'écran elle devient le metteur en scène de sa
propre existence coordonnant et observant de manière démiurge
tous les mouvements dans la demeure. De voyeuse elle devient actrice
en allant jusqu'à manipuler son ex-mari comme un objet, exerçant
ainsi le pouvoir latent que donnent ou retirent les images. Froide,
calculatrice, elle a appris à ne prendre en compte que des
informations parcellaires, muettes, brutes. En reniant ses propres
réactions viscérales, la voici forte, agressive, répondant
à la société qui l'étouffe. Elle
agit comme un homme, comme le héros d'une autre prise d'otages
: John McLane de Piège de Cristal (Jodie Foster comme
Bruce Willis marchera pieds nus sur des débris de verres dans
la salle de bains). Ayant toutes les qualités, Meg devient
un individu hermaphrodite maîtrisant aussi bien les prérogatives
masculines que son rôle de mère. D'emblée le cinéaste
présente la maison comme démesurément grande
pour 2 individus, angoissante avec les tons bleus et sombres. Puis
bien sur viennent l'ascenseur et la "panic room" des endroits
oppressants mais rassurants. Le pied de nez consistant à cacher
la pièce de survie derrière un miroir qui renvoie à
Meg sa propre image, sa phobie et ses échecs est délicieusement
cynique et superbe. Dans cette surenchère visuelle et scenaristique,
l'équipe a oublié les attraits de son sujet à
savoir les perversions de la paranoïa -souvent infondée-,
les pièges d'une sophistication toujours croissante (pour s'en
sortir Meg revient à la simplicité, détruit les
caméras, fait du morse
) et l'enfermement volontaire d'une
communauté qui souhaite contrôler ses évolutions,
qui abhorre tout changement naturel non-prémédité.
Parmi cette débauche indigeste il reste le générique
de début, particulièrement inventif -on peut y voir
en surimpression sur des décors new-yorkais les différents
crédits symbole de propriété, de cloisonnement
et de stagnation- qui esquissait une diatribe acerbe malheureusement
restée au stade embryonnaire. Un cruel manque d'ambition pour
un film avant tout mécanique et déshumanisé. |
F.
Flament
2 Mai 2002 |
Multimédias
Extrait
(vf)
Photographies (17)
Fiche
technique
REALISATION
David
Fincher
SCENARIO
David Koepp
MUSIQUE
ORIGINALE
Howard Shore
DIRECTEUR PHOTOGRAPHIE
Darius Khondji et Conrad W. Hall
INTERPRETES
Jodie Foster (Meg Altman)
Kristen Stewart (Sarah Altman)
Forest Whitaker (Burnham)
Jared Leto (Junior)
Dwight Yoakam (Raoul)
MONTAGE
James Haygood et Angus Wall
PRODUCTEURS
Cean
Chaffin, John S. Dorsey, David Koepp et Judy Hofflund
DUREE
108
minutes
PRODUCTION
Columbia Pictures Corporation, U.S.A.
SORTIE FRANCAISE
Le 24 Avril 2002
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