PODIUM
Le film nous plonge dans l’univers peu connu et cocasse des Sosies de stars et plus particulièrement dans la caste très prisée et très fermée des Sosies Officiels de Claude François. On y découvre avec surprise que le plus important n’est pas la ressemblance physique initiale mais que la connaissance sans faille de la carrière dudit Cloclo et la plus extrême fidélité dans la reproduction de ses costumes et de ses attitudes sont les conditions sine qua none de la réussite dans ce métier... non mieux cette vocation. On découvre également avec stupéfaction que cette occupation séduit un nombre ahurissant de personnes, pour preuve un théâtre parisien rempli de «sosies» de Johnny Hallyday, Pascal Obispo et autres Michael Jackson venus en découdre lors de l’annuelle Nuit des Sosies afin de remporter des mains de la décidément inévitable Evelyne Thomas le Trophée du Meilleur Soie de l’année ou encore une bonne vingtaine de jeunes femmes se regroupant dans un gymnase pour participer aux sélections sauvages et privées du héros Bernard Frédéric recrutant ses Bernadettes – ses Clodettes à lui – lors d’un casting aussi impitoyable que les Nouvelles Popstars d’M6. Certains seront atterrés de constater que ce petit monde a ses règles, son code d’honneur, sa hiérarchie et ses inévitables jalousies mais après tout ne s’agit-il pas là d’un microcosme reproduisant tout simplement notre modèle de société ? Et, ici aussi, on est mesquin et on veut être le meilleur. Cette petite introduction explicative générale étant faite, et compte-tenu des sentiments contradictoires que j’ai ressenti au sortir de la salle de projection, perturbant l’impartialité de la lectrice et fervente admiratrice de Yann Moix que je suis, je me vois contrainte, dans un souci d’objectivité et d’honnêteté d’adopter deux points de vue différents.
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Si vous avez déjà lu Podium et sans doute les autres romans de Yann vous ressentirez sans doute comme moi une certaine frustration à a sortie du film. Autant sa plume talentueuse savait osciller avec art entre humour franc, à vous déclencher une vraie crise de fou rire salvateur, et gravité pleine de compassion devant l’inexorable évolution de la névrose de Bernard Frédéric qui, fuyant sa triste vie normale réelle, |
trouvait refuge dans la fallacieuse illusion d’être Claude François, autant Yann le réalisateur semble chercher sa voie entre les deux sans vraiment la trouver. Il en ressort un long métrage bancal devant lequel on ne pleure pas de rire et au cours duquel on ne pleure pas non plus de tristesse. On s’attache forcément à ce pathétique clone de Cloclo interprété à merveille par un Benoît Poelvoorde qui, s’il n’est pas toujours très à l’aise dans les chorégraphies de l’idole, est impeccable dans son jeu d’acteur, mais où est la pitié pour ce pauvre type, les pincements au cœur à chaque pallier franchi dans sa descente vers l’inévitable drame que l’on ressent à chaque page, chaque chapitre du livre ? La ruine du ménage par la passion toujours plus dévorante de Bernard Frédéric – qui va jusqu’à dépenser 130.000 FRF pour acheter aux enchères le véritable Téléphone Pleure et ne comprend pas la colère de son épouse – amenant ainsi la famille à vivre dans un pavillon-témoin – ; le danger qui pèse sur son fils de basculer dans la même névrose que lui – son père va jusqu’à lui faire répéter le rôle de la petit fille dans le même Téléphone Pleure –, l’autodestruction du héros qui risque son travail et une condamnation en accordant un crédit à un nouveau client chômeur en fin de droit et SDF – l’éternel compagnon Couscous – pour financer la tournée de rodage indispensable avant la Nuit des Sosies, passent inaperçus pour le spectateur qui ne mesure jamais vraiment l’intensité dramatique du personnage. Et que dire du choix du dénouement ? En lieu et place de la seule fin possible au regard de la personnalité et des excès commis par Bernard Frédéric, le romancier opte dans son film pour une sorte de happy end cher à nos amis américains avec tout ce qu’il faut de remords larmoyants et de pardons émouvants. Pour quoi faire ? Epargner sans doute aux âmes sensibles un réalisme trop pessimiste pour eux en leur laissant l’illusion que l’amour peut tout faire, tout changer même les névroses et pathologies psychologiques graves. Seul Couscous, compagnon d’errances et manager de Bernard Frédéric ainsi que sosie officiel de Michel Polnareff, restera prisonnier de son délire et ne reprendra pas pied dans la réalité. Je n’ose penser que Yann Moix, auteur bien éloigné de la sphère commerciale et grand public, ait finalement cédé à la tentation des sirènes du mercantilisme pour signer délibérément un film populaire et consensuel à but lucratif. Si vous allez voir une comédie populaire, vous vous apprêtez à passer un bon moment à vous moquer de Bernard et Couscous qui ont choisi un passe-temps singulier et drôle ; être sosie des célébrités et qui vont reprendre du collier pour participer à la grande Nuit des Sosies. Les costumes (déguisements) de Bernard-Claude François et les lunettes de Couscous-Polnareff vous feront hurler de rire et la sélection ou l’entraînement des Bernadettes – restera longtemps dans vos mémoires grâce à quelques phrases bien écrites, à l’efficacité comique garantie et servies par un Benoît Poelvoorde à la hauteur de sa réputation tout en faux-sérieux et pince-sans-rire. Le «complot» fomenté par un des adversaires de Bernard Frédéric qui, craignant d’échouer aux présélections devant le «génie» de l’ogre suffisant, engage une «taupe» dans l’équipe, vous amusera tout en pimentant les premiers éliminatoires de la Nuit des Sosies. Et, comme finalement c’est toujours l’argent qui fait tourner le monde et le sexe qui fait rire les masses, la scène «d’amour» entre Bernard et une Bernadette – il fallait bien que ça arrive –, dans le minibus miteux de la tournée, aux rythmes changeants et crescendo de chansons de Claude François vous fera – ainsi que toute la salle – vous esclaffer. Telle une petite comédie française bien sympathique, la fin, pleine de bons sentiments vous ravira et vous sortirez de la salle en vous disant qu’il existe certes de gens un peu fous mais que finalement il n’y a là rien de dangereux, qu’ils nous font bien rire et que fort heureusement tout rentre dans l’ordre.
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Virginia
Flament |
Film français de Yann Moix (2003). Comédie monotone du fait d'une mise en scène inexistante et reposant intégralement sur B. Poelvoorde et son talent électrique à railler la mesquinerie tout en esquivant le populisme. Sortie française : le 11 Février 2004.
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