SWIMMING POOL
La réponse simpliste – à l’image de l’intrigue et de son cadre propret et insipide – consisterait à privilégier l’influence des succès consécutifs et mirobolants de Sous Le Sable et de 8 Femmes, suffisants pour générer une attente croissante et trépignante à chaque nouvel opus du cinéaste chantre de l’errance patentée – talent d’ouverture et science de la chute mais corps adipeux, béances désagrégées et inconsistantes reliant mollement ces deux appendices terminaux et orphelins. Pourtant, l’opération marketing se présentait sous les meilleurs auspices, reprenant la collaboration avec Charlotte Rampling et son flegme britannique opiacé – le seul à pouvoir se glisser élégamment dans les univers les plus insolites ou décalés, tel le récent Immortel (Ad Vitam) – en l’associant à la naïade plantureuse et mutine Ludivine Sagnier, le tout brillamment noyé dans un halo sulfureux et ouvertement libertin. Mais, comme le processus créatif de Sarah Morton, romancière anglaise coincée réfugiée dans la villa snobinarde et provençale de son éditeur (dont elle est secrètement éprise), le long métrage est parasité en permanence par le bruit bourdonnant (l’apposition inutile et calamiteuse des langues entre deux idiomes, deux eaux, les râles palpitants de contentement et de jouissance sexuels…) qui l’enserre en un cocon caverneux. Pourtant la progressive plongée dans les méandres de la conception et la libération sporadique des pulsions ataviques de l’écrivain avaient de quoi séduire si elles ne se résumaient pas à des travellings satisfaits patauds, chics et vains ou à un besogneux achoppement de deux réalités reliées par le seul sésame (subliminal ?) sonore – et dont on ne se détache qu’à l’aide de boules Quiès, artifice introduit dans le seul organe génital des protagonistes, à savoir l’oreille. De l’irruption de la fille nymphomane et délurée de l’éditeur frigide naît un environnement propice à la création, à cette stase diffuse où l’on vampirise à foison par le truchement de parole ou l’embrasure, lascive de désir, de la voix modulée. A défaut de communier, on converse donc avec malignité dans un climat d’inquiétude fumeuse et bigarrée, et le dépouillement mutique des origines de se noyer dans les palabres fastidieuses. La carence d’affect inoculant une dimension tristement convenue à l’acte d’accouchement fictionnel, résultat du piètre coït entre réalité ambiguë et fantasme miroitant. L’entité hybride qui émerge alors de la tanière fétide représentée par la pataugeoire allégorique paie cash ces étreintes éventées charriant d’aberrants poncifs. Qu’importe de deviner qui façonne l’autre, de l’auteur ou de son personnage – envisager l’actrice principale comme le double du cinéaste, soit la mère littéraire, ouvre un champ d’anagogies débridées et de métaphores asphyxiées –, de l’homme ou de la femme (scène incongrue et onaniste au bord du bassin d’extase dégoulinante mais interdite), dans ce processus de gestation en subsumant les indices édifiants et impersonnels délayés dans la javel d’azur puisque l’ascèse empesée de la mise en scène se vautre dans la vacuité mécanique, impersonnelle et insignifiante. Suivant cette optique, le long métrage se transmue en un éblouissant apologue de la dérive névrotique et sans retour d’une femme stérile, incapable de donner naissance à autre chose que des idéogrammes pixellisés et anémiés sur la surface d’étuve qu’est l’écran satiné de son ordinateur portable.
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F.
Flament |
Film français de François Ozon (2002). Avatar marketing de l’accouchement fictionnel, délayé entre deux eaux dans la javel d’azur par l’ascèse empesée d’une réalisation se vautrant dans la vacuité mécanique et insignifiante. Sortie française : le 21 Mai 2003.
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