Rempilage jubilatoire. Allez savoir pourquoi, certains longs métrages, en dépit d’une mise en scène estompée – se fondant dans le flux désinvolte et sympathique qu’elle décrit – ou d’un prétexte de scénario, vous transportent irrésistiblement dans un tourbillon jubilatoire et débordant.

RUSH HOUR 2

Il en va ainsi du visionnage de Rush Hour 2, un formidable cocktail détrempé d’humour débridé, irradiant tous les compartiments du plaisir (profusion des décors, exotisme tendance mufle, femmes pulpeuses et vénéneuses, explosions en pagaille, combats spectaculaires et habilement chorégraphiés…), et surtout très supérieur au premier opus calibré qui voyait s’adjoindre, en un duo improbable et rythmé, les personnalités antagonistes de l’inspecteur hongkongais Lee (Jackie Chan en forme olympique) et de l’agent américain James Carter (Chris Tucker à la verve inendiguable). Le réalisateur Brett Ratner (Dragon Rouge, Family Man…) honnête artisan, à la candeur palpable, de l’épisode précédent brosse avec la rigueur d’un métronome une histoire plaisante et calibrée, véritable condensé (durée concaténée à l’extrême) boulimique où il sarcle avec intelligence son vivier pépère. La dynamique des acrobaties (la poursuite verticale sur échafaudage de bambou, le passage par les égouts ou les scènes aux sommets d’immeubles en disent long sur cette volonté de renchérissement, de stratification et d’empilement) associée aux joutes verbales virevoltantes – à la limite du dérapage – s’en voit habilement revigorée pour dépasser les simples clivages raciaux, physiques ou culturels. Toute la gageure de l’humour baignant les facéties de la paire infantile réside ailleurs, dans la systématisation des parallèles et des contraires. Achopper les corps, les formes, les charismes (retenue contre excitation) ou les attitudes (l’une des dernières séquences où Lee et Carter échappent au camion de façon bien différente mais aussi pertinente dans le résultat) : jusque dans les personnages secondaires tout est empreint d’une profonde et renversante dualité. Les deux contrées explorées, le couple d’associés malfaiteurs (décadent pour le magnat américain, d’une sécheresse implacable pour John Lone l’inoubliable Dernier Empereur) ou les deux femmes racées et élastiques qui renvoient aux héros une piteuse image de leurs «performances». Le cinéaste utilise son unique prérogative pour relever le piment de l’ensemble, celle de la contamination de l’ascèse laconique de Lee (un accent impayable) par le labile et décontracté yankee (imitation hilarante de Michael Jackson). La confrontation n’est plus à l’ordre du jour et la fantaisie taquine et amène embrasse les deux personnages aux gaffes et aux exploits également réjouissants. Il s’agit sûrement de la raison pour laquelle la lubrification ou le mouillage de la mécanique cinégénique voit son efficience largement accrue.

Homme objet. L’un des aspects caractéristiques de ce film vitaminé, à la trajectoire rectiligne, est le déchaussement de ses bases machistes par l’injection de deux caractères féminins agressifs, efficaces et bien plus «professionnels» que leurs aînés. Opposées, l’espionne bimbo latine et la tueuse sans pitié chinoise se retrouvent dans l’amélioration des vieux prototypes campés par Jackie Chan et Chris Tucker. Plus souples, plus solaires ou plus élégantes, elles enfoncent et accablent les modèles obsolètes qui s’escriment à faire face, sans le brio de ce croisement de jambes et de talons, façon Terminator 2. De ce point de vue, la cannibale et magnétique Zhang Ziyi (Tigre Et Dragon,

Hero, 2046, Musa, La Princesse Du Désert…) capte dans son dédain détaché (qu’importe la perruque blonde arborée pour son méfait initial), aseptisé et fardé – traits diaphanes et lèvres carminées – l’attention du spectateur. Elle ancre dans son mutisme troublant et renfrogné les péripéties de l’histoire, jusqu’à nous faire avaler – ainsi qu’à l’inspecteur asiatique – des couleuvres hystériques et iconoclastes. Charybde et Scylla achèvent, de conserve, la déconstruction des attributs masculins idolâtrés par un certain cinéma d’action – les saynètes du bêtisier ou les décrochements de tête au son d’une vieille chanson nostalgique en sont les dernières réminiscences – avec un aplomb sidérant. Nous quittons donc nos histrions avec l’envie farouche de les retrouver pour un Rush Hour 3 d’anthologie. Mais les scénaristes trouveront-ils des stratagèmes aussi stimulants que ceux employés ici ? Cette masculinité aux deux visages résistera-t-elle à la déferlante sexy en diable des héroïnes hiératiques post-laracroftiennes ? En tout cas nous leur accordons allégrement le bénéfice du doute après cette indéniable réussite.

 
 

F. Flament
22 Septembre 2004

 

 

 

 

 

 

Bonheur en rameaux

Film américain de Brett Ratner (2001). Formidable cocktail d’humour débridé et détrempé, irradiant tous les recoins du plaisir par la systématisation des parallèles et l’injection d’une dualité féminine renversante. Sortie française : le 29 Août 2001.

Multimédias
Bande-annonce / Trailer (vo)
Photographies (34)

Liens
Le site officiel américain
Le film sur l'IMDB
Zhang Ziyi 1 / 2 / 3
Site de Jackie Chan

Fiche technique
REALISATION
Brett Ratner

MONTAGE
Mark Helfrich

DIRECTEUR PHOTOGRAPHIE
Matthew F. Leonetti

SCENARIO
Jeff Nathanson

INTERPRETES
Jackie Chan (Inspecteur Lee)
Chris Tucker (James Carter)
Ziyi Zhang (Li Hu)
John Lone (Ricky Tan)
Roselyn Sanchez (Isabella Molina)

MUSIQUE ORIGINALE
Lalo Schifrin
DECORS
Terence Marsh
PRODUCTEURS
R. Bimbaum, J. Glickman, J. Stern, A. M. Sarkissian, A. Z. Davis, M. De Luca, T. Emmerich, J. M. Freitag et D. Jones
DUREE
90 minutes

PRODUCTION
New Line Cinema et Spyglass Ent. / Metropolitan FilmExport (Distr.)
 
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