PERDITA DURANGO
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qui peut tout aussi bien être prise pour symbole de la barrière ténue qui oppose les êtres humains, les amants ou les époux, bref l'instrument de la solitude. Mais de tout ceci on ne voit pratiquement rien, on le devine tout au plus lors d'un dialogue ou d'une réflexion formant les très courts chapitres (entre deux et cinq pages) du récit qui se meut ainsi par touches imperceptibles. Nous sommes transportés dans le temps et l'espace, projetés et sonnés, toujours en quête de recomposition. Un artifice particulièrement efficace dans le rendu de l'absurdité du monde, d'un vide insondable à combler. L'auteur a le sens du verbe, tel McGuane ou Ford, il sait employer des phrases cinglantes et délétères. Par des dialogues aussi incongrus (les salamandres) que dérangeants (les serial killers) ou communs, ils nous rapporte la rumeur, le bourdonnement banal d'un monde en proie au drame, à la joie et à l'attentisme. Un environnement fugitif et changeant comme une paysage observé à la fenêtre d'une voiture lancée à vive allure. Ses personnages aussi riches et puissants soient-ils, ne possèdent finalement rien de tangible. A part peut-être cette détresse, ce blues impuissant apparu au détour du chemin, un manque d'âme : des goules qui prolifèrent sur un sol sec et désertique. Ce bruit de fond n'est-il pas ce qui perdure une fois la brume du rêve américain levée, lorsque l'on coupe le moteur, soit la propagande d'une société mercantile qui utilise des placentas humains pour créer des produits cosmétiques, garants de la beauté. Perdita Durango c'est le miroir, l'antithèse même de Sailor et Lula auquel il succède. Tout y est déconstruit (aucun amour ou même passion, tous sont intéressés ou victime de leur empathie) et tourne inexorablement en boucle. La scène finale est identique à l'initiale, les personnages oscillent autour de la frontière. Un flic en remplacera un autre. Deux personnes écrivent de Caribe... L'héroïne aura cette réplique marquante : "Encore un détour sur notre route vers nulle part". Sans oublier le pamphlet social en filigrane, et l'ironie délicieuse d'affubler la famille texane aisée du nom de Satisfy. Ce polar noir qui marie et détourne habilement
les codes du genre tout en les teintant d'exotisme latino semble onduler
au rythme languissant de ces vagues dont le mystérieux interlocuteur
de Woody dira qu'elles "sont les battements de coeur de la
terre". Une pulsation sauvage et imprévisible, une
réaction à une existence qui a simplement "cessé
de nous intéresser". De toute manière rien
n'est important, rien n'a de sens, les transgressions sont constantes
et nous sommes tous critiques, incapables de nous entendre sur quoi
que ce soit. Pourtant, il vaut mieux être "désespéré
que mort" nous lancera Romeo. Un état qui permet d'agir
et de faire réagir ce qui nous entoure, de plier l'espace à
notre convenance grâce à nos pulsions ataviques, la violence
et le sexe. Une fois décédé, nous ne devenons
plus qu' "une simple anecdote au cours de l'histoire".
Cyniquement dans la vie, il y a énormément de points
d'interrogations, un hasard qui fait son charme et qui nous torture
inlassablement. Un passage obligé vers le néant tapissé
d'icônes cinématographiques (Saint Burt Lancaster et
la divine Ava Gardner), de célébrités volées
et manipulées (les tueurs en série) et de serrements
de coeur quand la beauté du monde, sa poésie ou son
absurdité nous envahit au coin d'une rue, d'un paysage. |
F. Flament
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11 Juillet 2002
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Liens
Les
premières pages du roman
Le
site officiel de Barry Gifford
Le
film Perdita Durango sur Inside a dream
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On the road again |
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A la fin de Sailor et Lula, avait lieu le braquage d'un magasin d'aliments pour chiens. Suite à la mort de son amant et à l'arrestation de Sailor, la dangereuse et perverse Perdita Durango quittait rapidement les lieux du crime à la barbe d'un représentant de l'ordre. Nous la retrouvons à la Nouvelle Orléans où elle fait la connaissance de Romeo Dolorosa. Un passeur de drogue notoire originaire de la république de Caribe. Il l'entraîne dans ses célébrations de cultes vaudou à la sauce latino. Mais la malveillance de Perdita surclasse et magnifie celle de son compagnon puisqu'elle lui suggère un sacrifice humain pour effrayer les fidèles. Ils kidnappent ainsi en pleine ville un couple d'étudiants, Duane et Estelle, dont ils vont abuser sans vergogne, préférant tuer un enfant mexician pour leur cérémonie. Dans le même temps, le magnat du crime organisé
de la Californie, affublé du sobriquet : Marcello "Zyeux
Fous" Santos, demande à Romeo de convoyer du Mexique
à Los Angeles un camion rempli de placentas humains destinés
à l'industrie cosmétique. Après une fusillade
qui verra la mort de deux policiers et d'un malfrat, Romeo, Perdita
et les deux jeunes gens s'élancent dans leur périple avec le chargement.
Un trajet marqué par des rencontres, des violences et la
traque d'un agent des narcotiques, Woody Dumas qui dérange
les mafieux et qui échappera de peu à une exécution
en pleine rue. Mais Santos ne supporte plus les agissements du
couple meurtrier en cavale et leur dérapage sanglant dans leur
simulacre de religion. Il demande à son agent de Floride
d'abattre les livreurs lors de la remise du camion. Dolorosa meurt
donc juste avant la descente des policiers qui mettent à
jour une partie des agissements de la pègre. Le couple
de jeunes s'en sort, tandis que Perdita s'échappe. La voilà
hantant un aéroport du Mississipi, séduisant un homme dans un bar. Le cycle recommence, l'ange noir corrupteur et tentateur est à nouveau à l'oeuvre. |
FICHE
TEC
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Auteur : Barry
Gifford Nationalité : Américaine Publication : 1991 Nombre de pages : 295 Editeur français : Rivages/Noir Traduit par : Jean-Paul Gratias Titre original : 59° & Raining - The Story Of Perdita Durango ISBN : 2-86930-585-0 Sortie française : 1991 |