L'ÂGE DE GLACE
Il se voit bientôt flanqué de Sid, un paresseux envahissant et volubile que ses congénères ont décidé d'abandonner en ne le reveillant pas au moment du grand départ. Ce Duo mal assorti rencontre une femme à l'agonie qui leur confie son bébé, Roshan. Sous l'impulsion de Sid, ils décident de le ramener à son clan, mais sont rapidement rejoints par un tigre, Diego, chargé par Soto, le chef de sa meute de lui ramener l'enfant pour qu'il puisse pleinement assouvir sa vengeance sur les chasseurs ayant décimé ses comparses. Au fil du chemin et des péripéties, ces animaux perdus, cyniques ou tristes vont forger des liens d'amitié intenses. Tandis que Scrat essaiera vainement de conserver son "gland-pour-l'hiver".
Beep beep. La Fox tient avec The Ice Age la figure de proue de son département animation – à la peine depuis Anastasia et le désastre financier de Titan A. E. – puisqu'avec ses 170 Millions de dollars de recette il se hisse en tête des productions du studio cette année derrière Star Wars Episode II. Un succès calibré par les producteurs qui ont soigneusement supervisé la métamorphose du scénario original dramatique en une comédie familiale qui abhorre les consonances sexuelles des premiers dialogues envisagés entre Sid et les deux femelles paresseuses. Le résultat est une comédie dont L'attrait réside principalement dans sa faculté à renouer avec l'âme du cartoon, un genre tombé depuis quelques temps en déshérence et désuétude et qui ressurgit avec l'avènement de l'animation informatique. Des situations sans paroles et burlesques, qui trouvent leur apogée avec les apparitions impromptues et jouissives de l'écureuil (à qui il revient d'ouvrir et de conclure le récit) tentant contre vents et marées (sans se décourager l'ombre d'une seconde) de trouver et de cacher un gland pour se nourrir. Nous renouons alors avec les meilleures heures dues à Chuck Jones et aux légendaires Beep beep et Coyote. Néanmoins aussi réussies et pleines de fraîcheur que soient ces saynètes, à l'humour cinglant – et de répétition – et aux répliques savoureuses, les créateurs peinent à y insuffler une réelle cohérence narrative (les scènes clés s'enchaînent maladroitement après des interludes musicaux et comiques ne bénéficiant jamais d'une quelconque emphase didactique digne des récits d'apprentissage). Le canevas qui sous-tend le film est des plus classiques et doit énormément à John Ford (le bébé à ramener). Les deux caractères que tout oppose sont la base de tout buddy show : un personnage dur, ombrageux et renfermé, cachant une fêlure qui a blessé son coeur tendre à jamais, l'autre sans-gêne, adorable et gaffeur, qui cherche simplement le sentiment de respect et d'appartenance. Ceci évidemment sans parler du bad guy comprenant en bout de course la sémantique induite par le terme de clan et y adhérant jusqu'au sacrifice. Les voix originales séduiront les téléspectateurs puisque l'on retrouve au hasard des rencontres les timbres reconnaissables de Ray Romano (Everybody loves Raymond), Jane Krakowski (Ally McBeal), Stephen Root (News Radio) ou Goran Visnjic (E.R.).
Notre plaisir, visuel et zygomatique, est à la fois immédiat (une joute oratoire entre Manny et Sid ou cette scène d'anthologie chez les dodos et la partie de football américain avec la pastèque ) et diffus, dans cette fantaisie un peu sage, qui s'offre par une utilisation probante des décors (la banquise, le cours d'eau) et des éclairages – les variations de luminosités et de reflets sont splendides – une parcelle d'onirisme, de retenue et d'émotion. Pourtant cette sensibilité est bridée, outre la séquence de la mort de la mère (touchante de sobriété puisqu'elle est simplement emmenée hors-champs par le courant) et l'animation des peintures rupestres expliquant le cruel destin de la famille de Manny exécutée par les hommes (toutefois un procédé déjà employé dans Le Prince D'Egypte) il reste finalement peu de chose déclenchant un frémissement poétique. Le happy end programmé s'il ravira le public détruit pourtant l'ultime soupçon de gravité qui apportait sa densité à l'histoire.
Banquise & Cie. Chirs Wedge véritable précurseur des effets digitaux (il était déjà présent sur Tron en 1982) suit depuis qu'il a crée le studio Blue Sky en 1987 les traces de John Lasseter – fondateur de Pixar –, d'abord par des spots publicitaires ou des effets spéciaux sur des films tels Alien, La Résurrection, Star Trek IX (on notera le clin d'oeil du signe vulcain esquissé par |
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Roshan
lors de la découverte d'un vaisseau spatial dans la glace),
Fight Club (les pingouins) et Joe's Appartement, ainsi
que des programmes télévisés (le final de la
première saison de The Sopranos et ses poissons parlants)
puis par des courts métrages d'animation, dont l'oscarisé
Bunny. Voilà certainement ce qui bride le spectateur
une fois l'exubérance de la séance passée, ce
film aussi réussi soit-il n'atteint jamais la drôlerie
orfévrée, l'invention et le savoir-faire présent
sur Monstres &
Cie. On y retrouve les même caractères, l'attendrissant
enfant et la grande scène cinématographique, ici le
toboggan de glace où les personnages s'entrecroisent dans un
déluge de sauts, glissades et acrobaties, mais sans la fougue
et le recul critique. Pas que les 170 artistes ayant collaboré
au projet soient sans imagination, ils manient les différents
degrés de l'humour (comédie de situation comme les animaux
pris dans la glace avec un schéma surprenants de l'évolution)
et les références avec bonheur, tirent le meilleur parti
de la gestuelle pléthorique de la troupe protéiforme
d'animaux et d'humains, mais simplement leur fable humaniste, parabole
sur la vie en communauté et sur la cruauté des prédateurs
(humains y compris) tourne court. Jamais ils ne nous feront véritablement
réfléchir, ressentir, et l'opposition animaux parlants
/ humains muets est par trop manichéenne pour asseoir une quelconque
diatribe. Malgré cela nous voici face à un véritable
divertissement, effervescent, loufoque et iconoclaste dont la vedette
pourtant peu présente est un rongeur ridicule, incapable de
communiquer (sa rencontre avec le trio sera percutante) et affublé
de grands yeux effarés et circonspects. Un être tiraillé
par une idée fixe qui tourne à l'obsession, seul au
milieu du désert blanc, du temps ou de l'océan, totalement
indifférent à l'histoire qui se déroule autour
de lui, il est à la fois stigmate d'un égoïsme
latent et l'élément désamorçant toute
tension dramatique. Rançon de la gloire, alors qu'un Age
De Glace 2 est à l'étude, les amateurs de Scrat
(bruité par Wedge en personne) seront heureux d'apprendre qu'une
série de courts-métrages le mettant en vedette est déjà
en chantier. Pixar, Dreamworks et Blue Sky, plus que jamais le vivier
de la création et de l'humour semble se tapir dans l'animation
infographique 3D dont les personnages ne ressemblent à aucuns
autres, puisqu'à la croisée des chemins des diverses
techniques de conception (dessin, jeux vidéos, sculpture...).
Espérons pour notre plaisir que la source ne se tarisse point
à cause du merchandising. |
F.
Flament
29 Juillet 2002 |
Multimédias
Bande-annonce
/ Trailer
Photographies (27)
Fiche
technique
REALISATION
Chris
Wedge et Carlos Saldanha
SCENARIO
Michael J. Wilson, Michael Berg et Peter Ackerman
DESSINS
Peter de Sève (personnages) et Peter Clarke
(environnement)
VOIX ORIGINALES
Ray Romano (Manfred)
John Leguizamo (Sid)
Denis Leary (Diego)
Tara Strong (Roshan)
MUSIQUE ORIGINALE
David Newman
PRODUCTEURS
L.
Forte, C. Meledandri et J. C. Donkin
DUREE
81
minutes
PRODUCTION
Twentieth Century Fox, Blue Sky et UFD (pour la distribution)
SORTIE FRANCAISE
Le 26 Juin 2002
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