GOTHIKA
Tout serait idyllique, y compris les avances potaches et attendrissantes de son collègue de travail Pete Graham (Robert Downey Jr. catastrophiquement sous-employé dans son répertoire tragi-comique Ally McBeal), si au cours d’une nuit pluvieuse sa vie ne basculait pas dans le désastre anarchique. En effet, devant bouleverser son itinéraire habituel devant les trombes d’eau ayant emporté une partie de la voirie, elle se retrouve, isolée, devant une jeune fille en haillons grelottant au milieu de la chaussée et ânonnant divers borborygmes insondables. Alors que notre héroïne s’approche de cette apparition cadavérique celle-ci se jette sur elle, prenant son crâne en étau entre ses mains décharnées de harpie furieuse. Flash incandescent. Fondu au noir, magie de l’ellipse interne, le docteur Grey se réveille trois jours plus tard dans une geôle de verre en lieu et place de ses chers patients ! Pete ne tarde pas, non sans ménagement, à lui avouer la terrible vérité. Suite à sa rencontre mystique nocturne elle a perpétré un massacre terrifiant à son domicile, démembrant diligemment son époux à la hache. Internée, honnie par ses pairs, son salut mental et physique ne réside plus que dans la résolution de l’énigme ésotérique qui vient de s’abattre sur elle. Car comme elle aime à le ressasser, entre deux injections (passeports pour la catatonie), d’une prosodie ampoulée : «Je ne crois pas aux fantômes, mais eux, croient en moi».
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«Le véritable amour jamais n’est mercenaire». La citation de Pierre Corneille (Pertharite, Roy des Lombards, Acte II, Scène I) prend un tour singulier au sortir de la nouvelle mouture de l’enfant béni du cinéma français, Mathieu Kassovitz. Celui qui a depuis longtemps déserté les rivages suaves et alambiqués d’œuvres lui ayant octroyé le cachet d’auteur prometteur (La Haine ou Métisse) bien que versé dans la |
gratuité, pour s’impliquer plus avant dans la transposition et le décalage d’un genre à plus grand spectacle, se retrouve embringué dans un projet mineur mouillant dans les parages de la Mecque hollywoodienne. Pas que le tournage se soit déroulé aux Etats-Unis, non, l’honneur est sauf, c’est le territoire canadien qui a accueilli le cinéaste impatient de retrouver son siège abandonné depuis trois ans et le sordide trépané des Rivières Pourpres. Si le style visuel empesé et carminé de ce bouillant opus emportait l’adhésion, la confusion dilatée qui s’en dégageait, notamment dans un final outrageusement expédié, en atrophiait la moindre portée horrifique. Gothika – quatrième bâtard d’épouvante anémiée dû à l’aberrante maison Dark Castle après les piètres Treize Fantômes, Le Vaisseau De L’Angoisse et le remake rébarbatif sinon insultant de l’immense The Haunting – souffre d’un même syndrome cyclothymique. Achevé dans l’optique pragmatique de fédérer autour d’un futur long métrage plus subversif voire ambitieux (Babylon Babies d'après Maurice G. Dantec – La Sirène Rouge), le cauchemar convenu du français se vautre dans la dichotomie insipide, se contentant d’apposer avec une léthargie cinétique marbrée d’hideux stigmates outranciers deux iconographies s’ignorant l’une l’autre, diligemment séparées (paupérisées ?) par une surface vitrée et ondoyante. D’une caméra satinée et inflexible voilà que se concrétise sous nos yeux un drame grotesque et besogneux ; ou comment l’esthétique volatile américaine qui s’épanche formellement dans de nouvelles contrées protéiformes et molles – l’eau et l’air comme atmosphères contrites et vénéneuses – se voit confrontée à une conception européenne s’attachant à dépeindre la dégénérescence, l’oxydation brutale, glauque et granuleuse du monde solide (les quelques clins d’œil à Dario Argento en attestent). Que se passe-t-il quand l’usure contemple avidement son reflet irisé et moiré ? Pas grand-chose dans la production corsetée de Joel Silver et Robert Zemeckis pour qui ne perdure dans un carnage absurde perpétré au summum d’une ire vengeresse que l’efficacité anonyme et mortifère du pathos, aucun colletage, la morale pervertie impose le voyeurisme maniériste, racoleur et macabre. D’un scénario indigent et apathique, banquet opulent des obsessions cinématographiques grandiloquentes des dernières années (le sophistiqué Sixième Sens, le plagiat écoeurant d’Hypnose, Ring 1 et 2, The Ring le jumeau honteux et racoleur, la grâce sublime et imbibée de Dark Water…), Mathieu Kassovitz ne tire qu’un film de plus n’ayant de psychologique que l’alibi de son décor : une institution psychiatrique pénitentiaire. Ectoplasmes, artifices, folklores, l’équipe est rompue aux exigences grotesques du spectacle débilitant (où paradoxes vont de paire avec fantasmes avachis ou frelatés) et aligne les poncifs les plus décérébrés (le sempiternel affrontement bréhaigne de la logique scientifique figée et de l’irrationnel indiscernable) dans l’unique but d’anesthésier le spectateur. Anoxique et avortée, l’œuvre frise dès son introït incomplet l’aporie.
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F.
Flament |
Film américain de Mathieu Kassovitz (2003). Première incursion de l'électron libre du cinéma français sur le territoire artistique américain. Film impersonnel qu'un scénario indigent et plagiaire rend atrocement prévisible. Sortie française : le 7 Janvier 2004.
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