15 Août 2007 |
Charles Saint-Denis, auteur à succès et fieffé sybarite, coule des jours paisibles dans la campagne lyonnaise. Sa vie s’articulant entre son travail d’esthète, sa femme, ses orgies discrètes et son éditrice. En promotion sur une chaîne locale il croise la jeune et divine Gabrielle Deneige alors présentatrice météo. Il entreprend alors de lui faire découvrir le nectar de sa perversité ce qui ne s’avère pas du goût du déséquilibré héritier des laboratoires Gaudens, le zazou Paul, poursuivant Gabrielle de ses |
assiduités. Le jeu
vicieux se densifiera jusqu’au drame. |
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La spirale sardonique dans
laquelle nous sommes entraînés débute sur un lyrisme
carminé. Fausse piste puis épitaphe glaçant tant
la réalisation de Chabrol va engloutir le titre jusqu’à
la nausée – subtile et mélancolique pirouette du
numéro final. Il s’agit ainsi de suivre des personnages
inadaptés, désancrés et incapables de réintégrer
le flux filmique global. Aussi la profusion de gros plans sur les visages,
torturés pour les uns, excités pour les autres et enfin
frondeur et iridescent pour la séraphique Ludivine Sagnier, exhorte
à un mouvement égoïste, artificiel et amidonné
de balancier. Et, rapidement, le cinéaste amplifie l’isolement
et la césure du cadre en ne permettant que rarement, ou au prix
de certains artifices (glaces de la loge, déplacements incertains
dans la chambre portugaise), que Gabrielle et Paul puissent résider
en même temps à l’image. Pourtant la forme solitaire ne s’ennuie pas dans le cadre – parfois réduit à sa plus simple expression avec le fond vert devant lequel s’emploie l’innocente chrysalide – tout au plus elle y musarde, s’invectivant constamment pour l’occuper en attendant sa propre complétude. Choix condescendant argueront certains tandis que d’autres y verront une volonté janséniste toujours est-il que le mordant espiègle de L’Inspecteur Lavardin s’y ravive pour reprendre, à l’aune d’une sapience forgée par les années, la dialectique du sexe et de la morale. Mieux Claude Chabrol y déploie ses vertus désengourdies d’entomologiste pour brosser avec bonhomie un véritable portrait en miroir de la dérive d’une femme vers le caractère délité d’Isabelle Huppert dans L’Ivresse Du Pouvoir. |
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Pour étayer le heurt
des classes sociales d’une violence sourde et inouïe (perte
inconsolable, équarrissage en règle, peines commuées,
écartèlement cynique) le cinéaste use à
nouveau de la puissance plastique raffinée du film en stigmatisant
la confrontation des protagonistes oisifs aux lignes et frontières
de l’espace qui leur ait offert par l’objectif. Chaque plan
devient un renversant aquarium où les murènes abondantes
et carnassières de cette fange délétère
cogitent et ondoient entre outrecuidance et pragmatisme. Pour brocarder
ce débattement somatique malévole l’auteur s’appuie
sur une troupe de comédiens piquante et somptueuse – petit
bémol pour un Benoît Magimel légèrement caricatural
– qui indure sans vergogne chaque pouce de terrain. Sinistre supplice du boulimique Pygmalion Chabrol-Berléand que d’observer derrière la vitre le cisèlement d’un joyau convoité puis l’accrochage des rayons lumineux dans les haillons de mèches blondes ou les anfractuosités d’un esprit poreux. L’apanage des vétérans qui disposent, tancent, dépravent ou discourent le corps et la psyché des jeunes gens. Quel que soit l’âge l’entourloupe est générale et le glas a déjà sonné pour une mutine qui avait le malheur de ne pas ressembler à ce qu’elle dégageait, une garce fatale. Le laïus de Mathilda May parachève cette quête de l’accord entre introspection et projection – seule peut-être Clémence Bréchet annonce une nouvelle ère. Mais n’est-ce pas depuis des décennies le lourd fardeau des toutes les héroïnes du bestiaire chabrolien que de n’accéder, au creux de l’hémorragie, qu’à quelques minutes de réelle et sereine humanité ? |
10 Août 2007 |
David et Amy Fox reviennent d’un anniversaire quelconque en filant sur une route désertique et obscure. La tension est palpable pour ce couple égaré en pleine séparation suite à la mort accidentelle de leur unique enfant. Leur véhicule défaille et les voici promis à une nuit glauque dans un motel miteux et isolé. Seulement lorsqu’ils découvrent différents enregistrements présentant la sordide agonie de personnes |
tournés dans la chambre
qu’ils occupent leur escapade prend un autre tour. Jusqu’au
bout de la nuit ils sont condamnés à escamoter les pièges
pour échapper aux bourreaux maniaques et voyeurs. |
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Modeste et ramassé le
métrage égraine judicieusement une violence contenue sans
jaillissement d’hémoglobine ou gore insoutenable. A l’ancienne,
reniant les débordements parfois ternes ou païens de ses
contemporains il entend révérer les classiques. Pour preuve
ce jeu avec la typographie dans un générique aux accents
nerveux et les réminiscences hitchcockiennes qu’il charrie.
Et, piégés dans le giron d’un dispositif –
au propre (chambre truffée de caméras et de micros doublée
d’une salle de montage) comme au figuré (les lettres s’enchevêtrent
au son d’une partition stressante) –, les personnages des
falots Kate Beckinsale et Luke Wilson vont entreprendre d’analyser
la grammaire de l’image putréfiée, pétrifiée.
Mieux, lors de quelques plans filandreux, David accède à
la compréhension par le visionnage d’une cassette alors
qu’il procède à une génuflexion devant l’écran. Cette vivisection des vidéos poussiéreuses a ceci de jouissive que nous nous colletons aux frontières même du film. Ou comment échapper au pathos et au drame en subsumant les faiblesses de montage, en se substituant aux créateurs déments. Des cahotements secs, âpres qui culminent avec un dernier plan qui ne conclut pas et nous laisse face à l’antre grimaçante du contrechamp alors que la musique agressive s’élève sans fonction concrète puisque le danger immédiat est éradiqué. Que perdure-t-il maintenant que les prédateurs se sont évaporés ? Ce plan pictural où le couple épouvanté s’agite derrière une fenêtre, comme une bande-annonce de pure panique ? Sans doute la réelle terreur, celle de la préservation sur pellicule. |
8 Août 2007 |
Le Sud profond où la moiteur du climat se mêle aux râles rauques d’un blues désabusé. C’est dans une bourgade rurale figée dans le cocon d’une ségrégation d’un autre âge que deux êtres vont s’aimanter et voir leurs âmes vibrer au son d’une guitare fatiguée. Il y a Rae, jeune nymphomane blonde et anorexique dont le petit ami vient de partir au front douloureusement flanquée d’une addiction au sexe, aux pilules et à |
l’alcool finissant
par la conduire, rouée de coups et catatonique, sur le bitume
d’une route de campagne. Elle est recueillie par un ancien bluesman
dévot, Lazarus, récemment abandonnée par une
épouse lui ayant préféré son frère
et en rupture totale avec sa congrégation. Il va entreprendre,
par des moyens peu orthodoxes, de la sauver de la damnation et lui
faire retrouver l’estime d’elle-même. |
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Une fragrance automnale, pour
une narration et une frontalité plastique très seventies,
nimbe ainsi le propos et force est de constater que ce viscéral
retour aux sources se fait plus convainquant, artisanal et virtuose
que celui organisé par Quentin Tarentino avec le récent
Boulevard De La Mort. La séquence fugitive de générique
où la poupée désarticulée dodeline des hanches
devant un tracteur – la caméra déconstruisant les
attributs autistes de sa féminité – valant tous
les présages attentistes ou afféteries grotesques. Elément salvateur d’une réalisation qui fait de la résurrection baroque de corps épuisés, de la jachère enchaînée des psychés et de l’hagiographie son socle : l’enlacement des thèmes envisagés comme obscurantistes ou bigots par une fièvre lascive, euphorisante et iconoclaste éconduisant toutes les tares pudibondes. La qualité des deux acteurs principaux scellant le spleen et la reptation des pulsions marginales ou extatiques. Entre un Samuel L. Jackson désarmant de naturel passant d’un regard halluciné à la compassion la plus profonde et une Christina Ricci se promenant d’un bout à l’autre du métrage dans le plus simple appareil pour se complaire en stases alanguies ou dans la sauvagerie perverse et afficher sa sensualité si singulière – candide, opalescente, munificente – le principe même d’incarnation prend un tout autre sens. L’incantation soutenue par des images d’archives devient alors somatique et la douleur ambiguë du fameux serpent du titre rampe jusqu’à nos consciences alléchées dont les partitions inspirées et tremblantes de Lazarus demeurent les seuls onguents apaisants. |
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Car finalement le cinéaste ne s’emploie ni plus ni moins qu’à représenter la torve pénétration du désir dans les chairs éplorées puis au sein des cœurs racornis par les traumas et bien sûr les stigmates subséquents pour une victime de ses vices s’abandonnant à la douce quiétude de la transgression. En bout de course, le pauvre pêcheur ne peut qu’être déconcerté quand le délicieux tabou se soustrait à lui pour l’enfoncer dans les rets de la normalité (Rae attendant fébrilement les dérives masochistes). |
6 Août 2007 |
L’été s’égraine
timidement sur Tokyo et Makoto, jeune lycéenne gaffeuse et facétieuse,
s’ingénie à traverser les derniers jours de scolarité
de Juillet en remettant sans cesse son choix d’orientation. Alors
qu’elle range le laboratoire de sciences elle est bousculée
par une ombre et heurte un objet. Suite à cet incident la voici
pourvue du don de se déplacer dans le temps, talent qu’elle
utilise sans vergogne pour les plus futiles desseins (passer des heures
au karaoké, se délecter de ses mets favoris, éconduire
un soupirant…). Mais toutes ses circonvolutions se cristallisent
autour d’un événement funeste qui la rattrape sempiternellement. Nouvelle production du studio Madhouse (Perfect Blue, Metropolis) La Traversée Du Temps se |
meut au fil de la projection
en un séduisant divertissement estival. Non que les gunfights
décérébrés y abondent mais simplement
son tempo mineur et sa délicatesse contenue nous caressent
avec bien plus de vigueur en cette saison – Le
Royaume Des Chats du studio Ghibli avait déjà
usé de cette atmosphère propice à la rêverie
apaisée. Pourtant le film fut inconsidérément
rapproché lors de sa promotion du vertigineux Paprika,
il est vrai qu’il s’agit d’adapter le même
auteur, Yasutaka Tsutsui, mais là où Satoshi Kon amoncelait
iconicités, songes ou décrochements sensoriels aléatoires
Mamoru Hosoda privilégie une linéarité désuète,
sorte de stratification emplie de certitudes des différentes
modalités à l’œuvre (musiques, temporalités,
espaces). Le nœud gordien de l’intrigue n’a ainsi
rien d’encorbellements à l’emphase éthérée
mais se révèle un simple carrefour – sépulcre
ô combien symbolique – sur lequel hoquette un quotidien
nimbé de torpeur. |
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L’indéniable réussite
du réalisateur qui s’assoit sur un mythe littéraire
au Japon – ouvrage datant de 1965 adoubé classique depuis
par des générations de lecteurs – se love dans la
modestie constante, à la fois de la forme (décors très
réalistes mais anodins) et du fond (fragments de la fraîche
initiation sentimentale d’une adolescente). Réfutant la
perfection numérique au profit d’un artisanat plus chaotique
Momoru Hosoda parvient à rendre subtilement la dématérialisation
des silhouettes ou des cloisons dans les volutes vaporeuses d’un
soleil écrasant. Et, jouant habilement de la mise en situation
des personnages – la sortie du cadre pour souligner le départ
–, il instille une troublante connivence où flotte une
mélancolie palpable et étonnement frontale (violence issante
mais éludée). Les couloirs se vidant, les salles de cours
désertées par des êtres en devenir sont autant de
signes annonciateurs d’un trépas, d’un deuil. Drame
inéluctable et distendu de la fin de l’innocence –
le futur ébranlé par les conflits d’où provient
le mystérieux voyageur ou ces mots lourds tracés à
la craie « le temps n’attend personne ». Certains d’y voir la réminiscence grave d’un désastre nucléaire modelant depuis un demi-siècle cette mémoire nippone de l’infime, de la fixité cautérisée de l’instant d’avant – pose immanente de Makoto lorsqu’elle se précipite dans le vide idoine à ses départs. En quelques occasions fugitives le cinéaste abouche d’ailleurs ses détraquements épurés à la fêlure stridente que magnifia Kiju Yoshida dans Femmes En Miroir. Le final se délayant comme une ère qui ne pourrait se résoudre à disparaître, comme autant de secondes arrachées au néant du destin – horloge transformée en héliaste inique. Les potentialités de déploiements se nichent non seulement dans la carence d’explications sur l’avenir mais également dans le character design singulier et longiligne fruit de Yoshiyuki Sadamoto. Alors les notes de piano, gouttes cristallines dans une chaleur languide, s’échappent, limpides et gracieuses, pour arpéger les souvenirs, entraver le disloquement et s’insinuer au point d’équilibre entre désir ardent du futur (relation sérieuse, émancipation de la sœur) et regret touchant d’un passé platonique révolu (les revues poussiéreuses). |
4 Août 2007 |
Le quatrième volet de la franchise initiée en 1988 par John McTiernan avec Piège De Cristal pouvait inspirer des sentiments contradictoires : entre jubilation difficilement contenue et profonde aversion pour un mercantilisme poussant les figures eighties vieillissantes dans leurs derniers et abjects retranchements (Rocky Balboa). Au final les deux heures vingt minutes du long métrage filent comme un charme tant le plaisir de |
retrouver notre héros
bourru et débonnaire dans des scènes d’action
détonantes, dispendieuses et rêches se fait intense,
immédiat et euphorisant. Pourtant les réminiscences
du visionnage sont éprouvantes car un sentiment s’enracine,
celui d’avoir ausculté une coquille vide de sens où
ne perdurent plus que les ombres du mythe de jadis. |
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L’injection du héros nihiliste à l’ère de l’Internet est une trouvaille succulente mais qui démontre bientôt les limites du concept car à force d’engendrer des bugs systémiques, les errances picaresques – perte dommageable de l’unité de lieu et de temps – de Bruce Willis entre un acolyte geek et une fille azimutée entraînent une lente dissolution de son charisme. Comme si McLane se contentait d’accomplir une mission, enfilant le justaucorps d’un autre – le nouvel étalon momifiant Jack Bauer ? – sans les états d’âmes narquois ou les phrases atrabilaires qui ont fait sa légende. Oublions les saillies apocalyptiques, juste un cahier des charges maussade même si parfois le côté bougon reprend le dessus pour envoyer ad patres les veules hommes de main ou dessouder hélicoptères et jets – dans une scène tout en rectitude numérique bien trop artificielle comparée aux cascades renversantes mais empreintes de réalité qui émaillaient jusque là le film. |
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Un point d’achoppement
résiste sur le vif à la sagacité du spectateur.
Le parangon de l’action forgé dans l’organique étant
frappé en traître par une disparition de son corps emblématique
: monolithique et supplicié. Non par les effets disgracieux et
perfides afférents à l’âge – façon
Arme Fatale 4 ou 16
Blocs – mais par une gaine prophylactique qui entreprend
d’effacer la bestialité du flic yankee, d’estomper
son atavisme à peine refoulé origine de ses maux affectifs.
Une thématique putative chère à Len Wiseman depuis
son diptyque Underworld
et qu’il poursuit ici. S’ébranle ainsi une dialectique
poussive et blafarde du visage et des chairs informes dont le but illusoire
serait de concaténer deux médiums narratifs : chorégraphie
basique des enveloppes et espace de la parole, plus graveleuse que sibylline
d’ailleurs. Insiste la nécessité de ne plus subordonner
l’image à ces derniers mais au contraire d’y adhérer
en la pré- ou post-figurant, en l’enrobant ou en l’explicitant.
Un ersatz d’incomplétude préside à leur destinées
communes : finir seules, claquemurées. Malgré ses indéniables qualités de rythme et de divertissement, l’abattage du duo sémillant Bruce Willis/Justin Long ou l’aridité saisissante du propos une amertume scelle l’expérience. Il flotte une fragrance orgueilleuse dans cette propension à profaner les cryptes sacrées et antiques pour oblitérer en la recyclant toute quelconque relique. En définitive une pantomime mortifère mais jouissive, dernière parade rétive d’un souvenir éclusé. |
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29 Juillet 2007 |
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Dans l'écrin d'un été déclinant une pépite vient de s'engouffrer. En effet, le 15 Août nous pourrons admirer en salle le nouveau joyau de l'orfèvre Kiyoshi Kurosawa et la seule lecture du script laisse augurer ses meilleurs opus (Charisma, Cure, Kaïro). Loft avait de quoi déconcerter mais ses qualités artistiques éclaboussaient l'écran gageons que ce long métrage nous comblera. [site officiel | bande-annonce] |
29 Mai 2007 |
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1614, le Japon médiéval connaît la paix après l’unification des clans de spadassins rompus aux arts ancestraux du combat. Néanmoins l’ombre du chaos perdure sur cette réussite du shogun Tokugawa : deux villages mystérieux de ninjas, Iga et Koga. Une haine indéfectible oppose ces familles portant en son sein les ferments d’une guerre honnie. Pour éradiquer ces reliques d’un passé révolu cinq champions de chaque tribu |
devront s’affronter
à mort. Cette décision scelle le destin de Oboro et
Gennosuke héritiers de chaque groupe et amoureux transis. |
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Ces tics maniéristes
apparaissent rapidement comme un voile pudique et pétrifié
– postures extatiques filmées au ralenti dont la dernière
louvoie au creux de l’hiver – jeté sur l’incurie
permanente du long métrage à retranscrire un quelconque
espace qu’il se fasse mental ou physique. Car il ne suffit pas
d’apposer montagne rocailleuse et cours d’eau bucolique
pour insuffler une dialectique spatiale voire une géomancie.
Le récent Death Note nous prouvait que l’on pouvait
se colleter à une actualité tendance (manga récent
et culte) sans sacrifier ce pan essentiel à la sursignification. Dans ce revival shakespearien il y a sans conteste un paradoxe stimulant, celui de la juxtaposition d’une contemporanéité outrancière et du faîte d’une théâtralité d’un autre âge (influence du Nô). Ce paradigme inconscient ne se situant point dans les palabres ampoulées, la bravoure tarte ou le rassemblement de solitudes égarées en une temporalité flaccide mais bien dans le rapport entre immanence (costumes kitsch et attitudes corsetées) et transcendance (prouesses et arabesques numériques) des corps : dépositaires temporaires d’âmes, vasques spectatrices de l’écoulement discret du destin (chute d’eau et couple). Pour preuve, la comparaison avec Spider-Man 3 et ses élégants mouvements cinétiques débridés nous conforte dans un clivage implacable culminant ici dans un site désertique. |
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Après tous ces outrages à un matériau ébouriffant que le manga et l’animé éponyme Basilik ont sublimement enluminé l’idée salvatrice de Ten Shimoyama tient dans le glissement d’une agonie de corps mutants inadaptés, armes iconoclastes et vengeresses cherchant vainement à s’abattre, vers le drame des femmes. Le délitement serein de l’action ou d’une nature munificente dont les atours passent devient crédible puisque la grâce et les tourments de la fleur fanée Kagero ou de la majestueuse Oboro – Yukie Nakama ardente en vestale-amazone déterminée dans le tumulte et qui confirme son indéniable présence de Ring 0 – polarisent désormais le film. Quand d’un regard ou d’un baiser elles précipitent l’immaculée destruction des hommes il n’est plus l’heure de badiner, et le film d’y trouver sa forme, celle d’une sangsue. |
28 Mai 2007 |
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Suite à l’époustouflant et ludique Secret Du Coffre Maudit l’équipage interlope et diapré du capitaine Sparrow allait-il réussir à échapper à l’imprécation de l’enlisement pachydermique qui frappe généralement le final des plus récentes trilogies cinématographiques (Matrix Revolutions, Le Retour Du Roi…) ? Le suspense insoutenable est maintenant caduque et la réponse à cette taraudante interrogation mitigée. |
Nous entrons lentement dans
le vif du sujet (exotisme singapourien, mer étale et d’étoiles,
facéties d’un singe primesautier) en suivant l’improbable
association de Will Turner, d’Elizabeth Swann et du capitaine
Barbossa et leurs efforts en vue de secourir Jack, prisonnier dandy
– aux tendances schizophréniques – de l’antre
sépulcrale du flibustier sanguinaire Davy Jones. Bonne idée
des scénaristes, brouiller les cartes en (ré)organisant
duplicités et trahisons en pagaille ce qui permet de troubler
le vernis propret de certains personnages notamment celui campé
par Orlando Bloom. Une dynamique désarticulée semblable
à la pantomime de Johnny Depp qui envahissait les précédents
opus peut alors s’épancher et relayer, tel un avatar,
une action purement cinétique diligemment éconduite
dans le premier tiers. |
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Mauvaise inspiration des auteurs
que de s’entêter dans cette voie en créant progressivement
une gangue de sens – plus lourde que les colifichets de sa star
– lorsque leur prend l’envie d’instaurer une intrigue
solide (déesse païenne, code et conseil putassier, cruauté
romanesque…). Ceci à pour effet de juguler les bouffées
trépidantes, dantesques et échevelées qui émaillaient
le second épisode libertaire en en faisant le suc. L’équité
n’a plus lieu d’être et Gore Verbinski en bout de
course se replie sur l’exsangue La
Malédiction Du Black Pearl craignant de s’ouvrir
vraiment aux limites de son système. Les prêches abondent,
plombant les chairs dans une solennité qui réussirait
presque à décapiter la machine parfaitement huilée. Demeure évidemment des morceaux de bravoure sidérants comme la charge finale en apothéose homérique, des séquences comiques truculentes, l’apparition bouffonne de Keith Richards et des acteurs en très grande forme au premier rang desquels l’inénarrable Geoffrey Rush véritable héros du long métrage, la solaire Keira Knightley et le pétulant Johnny Depp. Un bémol néanmoins reste la prestation morne de Chow Yun-Fat qui peine comme dans La Cité Interdite à exister face à sa partenaire. Pour le reste la mise en scène demeure dans la neutralité des débuts ne trahissant ni ne magnifiant le pétaradant propos pour à défaut d’ébahir ne point effrayer le chaland. |
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Finalement Jusqu’Au Bout Du Monde, s’il s’avère un divertissement ou une attraction de haute volée pour reprendre son engeance foraine, laisse un sentiment ambivalent : il n’est jamais aussi jubilatoire que lorsqu’il cesse de se prendre au sérieux ou de se retenir masochistement pour s’enfoncer dans un délirium touffu et surréaliste. Sillonnant maelströms patibulaires et opulents estuaires, le film oublie ainsi parfois son cap austère pour nous faire découvrir quelques pépites comme cette mémorable parodie des œuvres de Sergio Leone sur un îlot de sable blanc. Mais qu’importe la gabegie, au final nous repartirions bien encore pour ce type de croisière. |
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28 Avril 2007 |
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27 Avril 2007 |
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27 Avril 2007 |
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Une pulsation de jazz délavé accompagne nonchalamment le privé Nestor Burma alors qu’il remonte les Champs-Elysées, soudain un coup de fil improbable – accent exotique d’une muse érotisante – le propulse dans une intrigue dodelinante simple agrégé de scories cinématographiques. L’épisode signé Henri Helman a de fait ceci d’atypique que d’initier avec la connivence du spectateur et sans afféterie aucune la dialectique du cinéma et de son |
symbiote dégénéré le tube cathodique – la mécanique convenue de la série fait irruption au milieu d'une prise. Ou comment l'ego flottant et spectral d'un cinéaste joue de son égérie sadisée en la drapant de couleurs et de poncifs essoufflés. Dès lors ne perdure que la lubrification au sens figuré (bons mots, caméra complice) comme au sens propre (le corps mort de la call-girl mis en branle sur le matelas à eau) et le récit s’écoule jusqu’à sa conclusion théâtrale – même le sang est factice. La dernière scène se fait alors succulente : Burma et sa sempiternelle secrétaire se retrouvent sur un plateau de tournage et, n’attendant pas le clap de fin, notre héros fuit, impavide, vers d’autres spleens feutrés. Il lance à son assistante comme une bravade « Vous me raconterez la fin du film » lui n’en a cure seul lui importe le débit de la Seine qui sous-tend le métrage-fantasme, Léthé mouillant ses circonvolutions. Sous les ponts parisiens et entre les interstices d'un septième art arc-bouté couleront toujours ses investigations débonnaires, désuètes et somme toute frivoles. |
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22 Avril 2007 |
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2 Janvier 2007 |
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Alors que s’avance la conclusion de sa seconde saison, et malheureusement de son exquise course, la série Twin Peaks s’offre avec cet épisode tiré à quatre épingles réalisé par Steven Gyllenhaal une respiration hébétée et romantique au vu de la tragédie éprouvante à venir, un aparté tout en rondeur pastelle – couleurs délicatement définies – braconnant sur les terres du fantastique. Les couples langoureux sont ainsi à l’honneur dans le ravissement de leurs idylles |
issantes (Audrey/Jack, Annie/Cooper,
Shelly/Bobby) dansant, s’enlaçant, se jurant les pactes
les plus fous sous le joug gainé du désir. Ce basculement
sybarite vers la plénitude et le contentement s’accompagne
de tensions ou d'excitations inendiguables, de tremblements des mains
intempestifs pour nombre de personnages disparates. Peur et amour
s’agrègent naturellement dans les spasmes de BOB comme
les deux voies chaotiques possibles pour rejoindre la Red Room.
Et le film Twin Peaks, Fire Walk With Me de nous livrer quelques
convictions quant à ces crises convulsives sporadiques. |
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Depuis ses débuts le show n’a jamais dérogé, preux héraut, à ses nobles desseins de retranscrire le troublant passage cyclique vers l’harmonie des sentiments s’accompagnant autant d’appréhensions que de passions. Il s’atèle ici à la restauration de la chosification (Pete devinant la douleur vernissée de Josie enfermée dans les huisseries laquées de l’hôtel) sous la forme circulaire donc (ventilateur métronomique pour un reflux des racines arrivant paradoxalement dans un grenier) notamment dans la représentation de la trinité féminine faisant face à Cooper dans une sombre pièce du bureau du sheriff. Celle-ci voit deux regards rotatoires rivaliser, le premier qui s’insinue pervers et pétrifiant afin de parasiter le second séraphique et ébahi de l’agent spécial du FBI. Nous comprenons que le segment complet vise à draper le monde de Twin Peaks pour ébaucher une cartographie loufoque (pétroglyphe entêtant). L’envolée ludique terminée nous voici embarqués dans des travellings arrières (destin funeste d’Annie et Dale matérialisé par le café visqueux) et avants dans des lieux désertés où rampent la fétide présence de l’affliction. Cadastre de l’Amour strié de pleurs, les parcelles florissantes vivent leurs derniers instants. |
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