DOUBLE HELICE
![]() |
présenter sous des dehors les plus policés possible, les dernières paroles de Ryuji ont la vigueur d'un couperet : "Si tous les ADN sont uniformisés, les différences individuelles disparaissent. [ ] Un monde d'égalité et de paix absolue, qui a transcendé la vie et la mort. N'est-ce pas là tout ce que vous, les humains, avez toujours souhaité ?". Notre quête du bien-être, d'égalité, serait biaisé d'avance par une volonté intrinsèque et inconsciente d'autodestruction. Pourtant elle peut aussi être d'origine égoïste et faussement élitiste. Car les personnes qui s'arrogent, à l'instar de de Ryuji, les titres de juge et bourreau sont nombreux. L'Humanité serait donc en danger de par ses pulsions, son indigence et son manque de cohésion. De plus en plus de personnes se désolidarisent de la société et se placent de manière cynique dans des postures ou attitudes qui pourraient aboutir à celle de Ryuji. Un être abject et sec qui n'hésite pas à sacrifier celle qu'il a jadis aimé. Finalement nous sommes peut-être comme Sadako revenue d'entre les morts pour laquelle les ténèbres conviennent. Dans une salle obscure, face aux images ou la vie d'autrui, les pires des fantasmes se développent. Miyashita cite un précepte bouddhiste : "Vanité de toutes choses, tout est de la nature du vide". Koji Suzuki psalmodie par-là l'importance que nous nous donnons même dans le désespoir (Ando veut bien mourir mais résoudre le cas avant) feint ou non. Ainsi la vision de la combinaison esprit et corps trouve une saveur inédite. Comme si la vacuité et le néant de l'existence étaient portés à maturité grâce à un esprit sans garde-fous, condamné qu'il est à penser en boucle, handicapé par ses propres limites qu'il préfère omettre plutôt que combattre. Les pages manquantes de la théorie de Ryuji traitent peut-être de cela, les ultimes paroles transmise à Ando : la peur de l'ennui. Et si nous ne vivions que pour combler notre désoeuvrement, cette propension à tourner en rond, cette escarre inhérente aux sociétés modernes ? L'auteur parvient par la forme même de son livre - et de son prédécesseur - à évoquer le comportement de l'infection et reprendre les deux branches de l'ADN, les deux périls entremêlés que sont Sadako et le virus de la variole. Au couple Asakawa/Takayama, il oppose Ando et Miyashita. L'enquête se répète, les mêmes lieux (le chalet du Pacific, la fosse d'aération identique au puits) sont revisités. L'écrivain pousse même le vice jusqu'à nous parler de l'impression de déjà-vu (la continuité temporelle y contribue). Le tour de force de son travail réside alors dans le fait qu'il parvient à ressasser ces choses jusqu'à nous les rendre familières ("coller aux parois du cerveau") et nous mettre dans une position analogue au lecteur du roman d'Asakawa, le nouveau vecteur de contamination. Mais ce n'est pas tout, les rapprochements hardis entre mutation génétique et copie de vidéos apportent tout à la fois une atmosphère grotesque mais curieusement plausible, puisqu'ils reposent sur des comparaisons simples et concrètes. Tout comme le virus Ring, les romans de la trilogie semblent voués à se métamorphoser à chaque épisode en se transmuant en un impact d'une puissance accrue. Ce second épisode possède en outre
une puissance graphique et dramatique plus intense. Par son pessimisme
latent (les nombreuses morts parmi lesquelles des personnes que nous
pensions sauvées) et le retour de Sadako, il nous emporte dans
des marécages où à l'instar du héros le
sol nous apparaît de plus en plus meuble et vacillant. Graphique
dans l'utilisation de décors simple comme la plage finale ou
l'appartement de Maï mais aussi dans sa critique de l'image.
On notera le parallèle très intéressant lorsque
les héros se rendent compte que le meilleur moyen de décrire
la pièce où ils se trouvent est la vidéo. Une
image serait porteuse d'un nombre tout bonnement vertigineux de messages,
dont certains préjudiciables à notre santé mentale
ou morale et en suivant la logique de l'ouvrage, physique. A l'instar
de son jumeau, le récit se termine sur une vision apocalyptique
et pleinement égoïste, égocentrique. Qu'importe
la situation du monde tant que je vis en sécurité avec
mes proches. Les rapports humains sont aussi brossés et sous-jacents.
La faiblesse de l'homme et les relations envisagées par les
jeunes femmes actuelles. Et ainsi tout en nous fixant un rendez-vous
jouissif pour la conclusion de l'intrigue il se permet un ultime pied
de nez et une leçon, un électrochoc à ses lecteurs.
La trilogie Ring serait l'apologie d'un monde se repaissant
dans sa profonde déliquescence ? |
F. Flament
|
2 Juin 2002
|
Liens
Les
premières pages du roman
Les
éditions Kadokawa
Le
livre Ring sur Inside a dream
Le
livre La Boucle (Loop) sur Inside a dream
Ringworld
Koji
Suzuki
Le
film Ring sur Inside a dream
Le
film Ring 2 sur Inside a dream
Le
film Le Cercle - The Ring sur Inside a dream
|
![]() |
Egalité, hérédité et autre virus |
|
Mitsuo Ando, professeur de faculté à l'institut médico-légal, ressasse depuis un an la noyade son jeune fils. Un drame qui a non seulement détruit son mariage mais aussi son envie ou son aptitude à vivre. Le hasard veut qu'on lui amène le cadavre d'un ancien condisciple d'université : Ryuji Takayama (mort dans les dernières pages de Ring). Un examen qui met à jour une tumeur ayant bouché son artère cardiaque. Il découvre aussi un morceau de papier dans les entrailles qui porte des chiffres. En réalité un message codé, le mot Ring. Après sa rencontre avec Maï Takano, il s'engage dans une enquête qui va le mener jusqu'au comateux Asakawa et aux cadavres de la femme et la fille de ce dernier. Le voilà sur la piste de la mystérieuse cassette. Quel peut-être son rapport avec le virus de la variole éradiqué depuis 25 ans ? Alors qu'il s'éprend de l'ancienne assistante de Ryuji,
elle visionne la cassette trouvée dans les affaires de
son mentor. S'en suit sa disparition sans laisser la moindre trace,
bien qu'une étrange présence semble perdurer dans
son appartement. Après quelques études sur l'ADN
du virus à l'origine des différentes morts reliées
à la cassette, il semblerait que tous les décès
soient causés par la variole. Pourtant chez Ryuji, une
partie des bases codantes diffère, comme s'il voulait transmettre
un avertissement : MUTATION. Le virus vidéo se serait transformé,
mais en quoi ? Dans le même temps, Ando découvre
sur le disque dur d'Asakawa (maintenant décédé)
l'intégralité de son enquête, il se rend alors
compte du rôle de Yamamura Sadako. Le corps de Maï
est enfin retrouvé, dix jours après son trépas
et curieusement il y a eu enfantement ! C'est avec la plus intense
des incrédulités qu'Ando va mettre le doigt sur
la vérité. Le virus de la variole et les gènes
de Sadako se seraient fondus l'un dans l'autre, et ainsi fusionnés
auraient imprégné la jeune femme le jour de son
ovulation. Au bout d'une semaine, elle a mis au monde une nouvelle
Sadako. Dans le même temps Asakawa fut utilisé pour
écrire un livre de l'affaire et devenir le nouveau médium
de l'infection. Le légiste n'a plus d'autre choix que de
se plier à la tyrannie de celle revenue d'entre les morts,
d'autant qu'elle lui offre de ressusciter son fils. Pourtant la
révélation finale est la plus déstabilisante
: c'est Ryuji qui dans l'ombre tire les ficelles et finit par
revenir à la vie. Une nouvelle race de Yamamura Sadako
semble devoir envahir la planète et remplacer l'Humanité
|
FICHE
TEC
![]() |
Auteur : Koji
Suzuki Nationalité : Japonaise Publication : 1995 Nombre de pages : 379 Editeur français : Presse Pocket Editeur original : Kadokawa Shoten Publishing Traduit par : Corinne Atlan Titre original : Rasen ISBN : 2-266-12124-3 Sortie française : Mai 2002 |